Le mystère continue de planer autour de l’Accord économique et commercial global entre l’Union européenne et le Canada. Alors que la saga du Parti québécois occupe l’avant-scène, c’est le silence total autour de cet accord de libre-échange, un enjeu plus crucial pour le Québec et le Canada que ne l’est un parti politique en crise, aussi profonde (et critique) puisse être la crise. Une crise qui sert parfois à éluder des questions importantes posées en Assemblée sur ledit accord.
Comme celle de Jean-Martin Aussant, député de Nicolet-Yamaska, adressée à Sam Hamad, ministre libéral du Développement économique, le 20 octobre dernier. Au sujet du contenu des négociations, M. Hamad répond que celles-ci sont en cours. Donc qu’aucun document ne peut être déposé.
Il rappelle ensuite à M. Aussant qu’il est seul, qu’il n’a plus l’appui du Parti québécois depuis qu’il a quitté le navire péquiste. Il s’est par la suite excusé de s’être immiscé dans une chicane de couple…
Au-delà du potinage d’Assemblée, M. Aussant est revenu à la charge. Exprimant la crainte que «les ressources naturelles, l’eau potable, la santé, les droits des travailleurs» soient sur la table dans le cadre de l’accord. Ce à quoi le ministre a répliqué qu’il ne s’agit pas de privatisations des services publics, mais de l’intérêt supérieur du Québec (défendu par Pierre-Marc Johnson). Que pour un marché de 8 millions de Québécois, il est intéressant de s’ouvrir à un marché de plus de 500 millions de personnes en Europe. Comme si le Québec pouvait faire le poids face aux transnationales européennes et au faible coût de la main-d’œuvre en Europe de l’est.
Deux mois plus tard, Pierre-Marc Johnson, le négociateur du Québec, est en commission parlementaire. Il indique alors que les marchés publics sont ce qui intéresse le plus l’Union européenne, voire que c’est la partie la plus lucrative –127 G$ exactement. Et que ce n’est pas un marché de 35 millions de consommateurs canadiens qui compte vraiment. Il faudrait savoir : si cette affirmation est vraie, où est alors le deal pour les Européens avec un marché de seulement huit millions de Québécois?
En plus que les négociations se font dans le plus grand secret afin de protéger les intérêts corporatifs et commerciaux, la population ne sait même pas exactement ce qui est en jeu ni si les sociétés d’État sont «en vente» ou non. Et les informations, diffusées au compte-gouttes, semblent pour le moins contradictoires. Qui dit vrai?
Dernière heure : «Libre-échange : Contrats publics : Le Canada aurait cédé aux pressions des Européens» (Le Devoir, 25 janvier 2012). À suivre, mais on murmure déjà que le Québec pourrait perdre gros.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.