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2011, l'année Legault

Rachelle McDuff et Vincent Fortier - Métro

Plusieurs politiciens aimeraient oublier rapidement 2011. Parlez-en à Pauline Marois. Mais les 12 derniers mois auront été plutôt doux avec François Legault. L’ex-souverainiste et fondateur de la Coalition Avenir Québec (CAQ) a le vent dans les voiles. 2012 sera-t-elle aussi son année? Métro s’est assis quelques minutes avec l’homme politique.

Si vous aviez à choisir un coup de cœur et un coup de gueule politique pour l’année 2011, ça serait quoi?
Ben, Jean Charest qui a enfin accepté de lancer une commission d’enquête publique après toutes les tergiversations. C’était un événement attendu depuis longtemps et qui était nécessaire pour regagner la confiance de la population envers la classe politique. Pour le coup de gueule, je suis plus dans l’immédiat: la nomination d’un entraîneur anglophone à Montréal.


Qu’est-ce que vous auriez à dire à M. Molson aujourd’hui?

Qu’il a manqué son coup. Qu’il n’a pas bien saisi l’atmosphère à Montréal et au Québec. Il a pris une mauvaise décision et il faudrait qu’il la corrige le plus rapidement possible. Je suis allé quelques fois au Centre Bell, et il y aurait avantage à y avoir un peu plus de français.

Les Québécois semblent apprécier le changement en ce moment. Ils ont voté NPD en mai et semblent prêts à voter pour vous l’an prochain. Avez-vous l’impression qu’on vote pour le changement, peu importe la couleur politique?
C’est clair qu’actuellement, on profite d’un vide politique. On ne peut pas prendre tout le mérite de la réception positive. Là où on peut prendre le mérite, c’est que, lorsque j’ai quitté le PQ, en 2009, on prévoyait qu’il y aurait un changement d’ère politique. C’est ce qui arrive en ce moment. Les Québécois sont tannés du débat fédéraliste/souverainiste qu’on a depuis 40 ans. Par contre, je crois sincèrement que c’est le début d’une nouvelle ère. Pendant au moins une dizaine d’années, le débat va être davantage sur le changement versus le statu quo, en mettant de côté la question constitutionnelle.

Il y a des changements qu’on n’a pas faits. Au Québec, il y a eu une grande résistance au changement, parce que les forces étaient divisées. Si on arrive à aller chercher des libéraux, des péquistes, des adéquistes et qu’on les met ensemble, pour essayer de se battre contre les groupes de pression qui veulent le statu quo, on a peut-être des chances de gagner.

Je pense que le 2 mai dernier, c’était davantage un vote contre les vieux partis qu’un vote pour les idées de Jack Layton. Actuellement, il y a une partie de nos appuis qui sont davantage contre les vieux partis que pour nos idées. Par contre, si je reviens en politique, c’est pour faire avancer des idées.

Il y a un risque dans les prochains mois qu’il y ait moins d’appuis, parce que nous avons, entre autres, une grosse machine contre nous, la machine libérale. Plus on va brasser nos idées [qui risquent de déranger], plus on risque de voir des changements dans les sondages.


Quels sont les trois changements principaux qui doivent être faits?

La première chose qu’on doit faire, c’est de retrouver l’intégrité dans la gestion des fonds publics. Il faut regagner la confiance de la population.

La deuxième chose, c’est de modifier la façon dont nos réseaux publics sont gérés. La plupart des pays ont réussi à décentraliser. Évidemment, les syndicats n’aiment jamais décentraliser. Il faut être capable de dire aux professeurs: vous aurez une bonne partie des pouvoirs détenus par les commissions scolaires et le ministère de l’Éducation. Par contre, en échange, on va évaluer vos résultats. Là, on tombe dans quelque chose de tabou: l’évaluation, la performance. Si on veut rehausser la qualité de l’enseignement, il faut rehausser la qualité des enseignants. Je pense qu’il y a une majorité d’enseignants compétents, mais il y a peut-être 5-10-15% de gens qui n’auraient jamais dû être là. On va le savoir en faisant des évaluations.

La troisième chose, et il faut trouver une façon sexy de la présenter, c’est de créer de la richesse ou éliminer l’écart de richesse. Il y a 30 ans, l’écart de richesse avec le reste du Canada était de 20%. Aujourd’hui, il est de 23%. Si on ne change pas les choses, on ne pourra pas offrir les mêmes services sociaux que le reste du Canada et on va perdre nos jeunes les plus brillants. Il va falloir couper dans certaines dépenses: Hydro-Québec, les médicaments. Puis être capable de mettre notre argent la où c’est payant: en éducation. C’est pourquoi on propose d’augmenter le salaire des enseignants de 20%. Ça devrait être les personnes les plus importantes de notre société.

Vous dites qu’il faut trouver une manière plus sexy de dire «créer de la richesse». Les Québécois ont-ils peur à ce point du mot richesse?
Oui. Dans la dernière élection fédérale, ça m’a surpris de voir Michael Ignatieff diaboliser les baisses d’impôts aux entreprises que promettait Harper. C’est trop facile de dire «On va régler tous nos problèmes en augmentant les impôts des méchantes entreprises». À l’époque de mes parents, ce n’était pas très bien vu d’être en affaires, à cause de la religion catholique. Il y a eu un changement. Mais depuis quelques années, avec ce qui s’est passé dans le monde de la construction, c’est redevenu un peu sale. Comme si les entrepreneurs étaient des bandits.
 

Est-ce que vous sentez ce jugement, vous qui avez réussi en affaires?

Ça arrive, oui. On a de la misère avec le succès économique. Il y a la moitié moins de Québécois de 20 à 30 ans qui désirent se lancer en affaires que dans le reste du Canada. C’est très inquiétant. Il faut se réconcilier avec le succès et l’échec économique. Ça s’applique à tout au Québec: on dirait qu’on n’ose plus. On a peur de se tromper.

Vous ne semblez pas vouloir devenir député avant des élections générales en 2012. L’Assemblée nationale est-elle si pire que ça?
Non. L’Assemblée nationale est très importante et on aura une très bonne équipe de huit députés qui pourra poser quelques questions par semaine. La priorité pour moi, c’est d’être prêt à offrir une alternative crédible aux citoyens pour des élections au printemps. Il faut ramasser de l’argent, s’assurer qu’on a la meilleure équipe de candidats, avoir une plateforme électorale complète. Mon temps va être mieux consacré à bâtir une alternative qu’à aller poser quelques questions à  l’Assemblée nationale.


Vous êtes à l’aise avec cette équipe d’ex-péquistes et d’ex-adéquistes?

Pour moi, c’était important que les huit députés adhèrent à nos priorités. Les députés adhèrent aux changements qu’on veut faire. Ce qui me surprend, c’est qu’on n’ait pas encore été chercher quelques députés libéraux. Parce que, techniquement – je le sais pour les connaître–, certains sont en accord avec notre plan d’action.
 

Certains auront peut-être peur de perdre leurs élections et vont se tourner vers vous…

J’espère que ce n’était pas la raison pour les huit et que ça ne sera pas la raison pour les prochains. J’espère que c’est le goût de faire des changements et le fait d’être tanné de l’immobilisme.
 
Vous avez dressé un portrait très sombre de Montréal. Qu’est-ce que vous proposez pour relancer la métropole?
D’abord, il y a le problème des 19 arrondissements qui ont certains pouvoirs qui nuisent à une bonne coordination. Mais le plus grand problème est la cohésion au sein de la Communauté métropolitaine de Montréal. Actuellement, Montréal international n’a pas les moyens pour démarcher de nouveaux investissements privés. Au cours des 10 dernières années, les investissements privés à Montréal ont baissé de 35 %. Qu’une entreprise s’établisse dans le parc industriel de Saint-Laurent à Montréal ou dans celui de Terrebonne, il faut que tout le monde en profite. Ça nécessite un leadership du maire de Montréal, mais aussi du gouvernement du Québec.

Ensuite, il faut que la ville soit belle. Ce qu’on a fait avec le Quartier des spectacles, c’est bien, mais il faut continuer à la grandeur de Montréal. Il y a beaucoup de bonifications nécessaires dans le transport en commun, en particulier sur la Rive-Sud. Plusieurs grandes villes qui ont réussi à réduire de 20% le nombre d’automobiles l’ont fait avec des transports en commun confortables, c’est-à-dire le métro, le train et le tramway, pas l’autobus.

L’autre chose qu’il faut faire, c’est utiliser Montréal – et je pourrais dire Québec – pour attirer plus de touristes. Il faut que ça soit payant économiquement et payant pour la fierté des Montréalais. La morosité actuelle nuit à l’investissement privé.
 

Pensez-vous que Gérald Tremblay devrait quitter son poste?

Je m’entends bien avec Gérald. Mais j’ai été obligé de lui dire qu’il n’est pas assez exigent face à Québec. Il va falloir, à un moment donné, que Montréal prenne sa place, ait des projets concrets et les pousse.
 

Pourquoi est-ce que vous réussiriez là où les autres ont échoué?

D’abord parce qu’on met de côté la question constitutionnelle. Ça nous permet de rassembler plus de politiciens, de militants, de citoyens. Ensuite parce qu’on est déterminé. Je reviens pour 10 ans et pour changer les choses. On choisit nos batailles, on a un plan précis.
 

Tout le monde a un plan précis…

Les changements importants, on veut les initier dans les 100 premiers jours. Plus on avance dans un mandat, plus c’est difficile de faire passer les changements.
 

Et si vous vous retrouvez minoritaire?

Ça prend soit un gouvernement majoritaire, soit un gouvernement qui peut compter sur certains membres de l’opposition pour faire des changements.

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