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Harper et son beau sapin

L’Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne, ça vous dit quelque chose? Il y a bien sûr eu la sortie de quelques députés mais, sinon, ce n’est pas ce qui occupe le plus l’attention. Pourtant, les enjeux sont importants. Et les délais, serrés : début 2012.

Le gouvernement conservateur, le même qui a récemment abandonné Kyoto prétextant que c’était chose du passé (l’avenir étant les sables bitumineux de l’Alberta, que Harper a si bien défendus?), poursuit des négociations depuis 2009 avec l’Union européenne afin de conclure une entente sur le commerce des marchandises, les services, l’investissement et les marchés publics. Un projet «ambitieux» qui comprendrait l’accès aux appels d’offres des provinces et des municipalités et une clause permettant aux entreprises de poursuivre les États, les gouvernements et les municipalités si une réglementation future les privait des profits prévus.

Le privé et les leaders politiques ont souvent condamné le trop grand pouvoir exercé par les syndicats dans l’arène publique et politique. Pourtant, ce ne sont pas eux qui ont été invités à donner leur opinion sur l’entente, ni dans les médias, ni dans la négociation. Impliqués néanmoins dans une campagne avec plusieurs organismes communautaires, ils mettent en garde contre le danger de la privatisation des services publics (eau, électricité, santé, etc.) et du pouvoir qui serait accordé aux multinationales.

Maintenant, pourquoi en entendons-nous si peu parler? Parce que, selon les dires même de Pierre-Marc Johnson, négociateur pour le Québec, il s’agit d’une entente commerciale où priment les intérêts du marché. Il est donc normal que les négociations se fassent dans le secret. Quant aux services publics, sources de crétation de richesses, c’est la partie qui intéresse le plus l’Union européenne (par exemple, par le passé, trois compagnies françaises se sont montrées très intéressées par la distribution de l’eau potable à Montréal)… Ceux-ci passeraient d’un monopole public à un monopole commercial?

Selon Ottawa, l’entente favoriserait «la création de débouchés, d’emplois et de prospérité pour les entreprises et les travailleurs canadiens et leurs familles». Pour le Mouvement Desjardins, elle augmenterait «le pouvoir d’achat des consommateurs». L’accord de libre-échange nord-américain avait la même ambition. Même si certains affirment qu’il a été favorable à l’économie canadienne, reste que le pouvoir d’achat des travailleurs n’a augmenté que de 53 $ en 25 ans (entre 1980 et 2005), que les inégalités entre les riches et les pauvres se sont creusées, que les condi­tions de travail ont régressé, que les familles se sont appauvries…

Ce n’est pas parce que c’est le temps des Fêtes que la population aime se faire passer un sapin pour autant. C’est une atteinte à la démocratie que la société civile ne soit pas consultée, alors qu’il s’agit aussi de ses intérêts, pas uniquement de ceux du marché. 

– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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