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Pourquoi faire des enfants?

Les Tranchées de Fanny Britt n’allait pas circuler sans conséquences dans un foyer où vit un couple de filles qui veut des enfants peut-être un jour. Deux filles qui aiment jaser de la chose et qui n’ont pas vraiment le choix de le faire, puisqu’on s’entend que ça n’arrivera certainement pas par accident. On jase du comment : par insémination, insémination de qui, par qui, et pourquoi pas par adoption, après tout, il y a déjà assez d’enfants sur terre, puis ça donnerait du sens à ce qui n’en a pas, d’un point de vue strictement rationnel. Puis du comment, on tombe invariablement sur le pourquoi. Pourquoi faire des enfants, pourquoi s’imposer ça, pourquoi leur infliger ça à eux?

J’ai trente ans et je ne m’étais jamais posé autant de questions sur le bienfondé d’avoir des enfants. Dans un buffet, je suis le genre de personne qui se sert d’un peu de tout pour être sûre de ne pas passer à côté de quelque chose, et dans le buffet de la vie, il était toujours allé de soi que je finirais moi aussi par goûter à tout : la voiture, le chien, la carrière, le grand amour, la maison, et, forcément, les enfants.

Ma blonde réfléchit plus que moi sur ces affaires-là. Quand elle a terminé la lecture du document no. 04 de Nouveau Projet, j’étais certaine que s’en était fini de notre projet. Avec quelques collaboratrices, mères ou non, Fanny Britt se penche sur ses angoisses de mères, sur sa propension à se comparer aux mères parfaites, à surprotéger, à ne plus jamais être tranquille. Sur le fait que tu penses que tu vas être le genre de mère que tu souhaites être, et que finalement, pas pantoute. Qui veut de ça? C’est pas un bébé, c’est une patate chaude.

Il faut dire que l’image marketing de la mère n’est pas très sexy. Oui, bien sûr, la mère est cette héroïne, mais elle est aussi cette démêleuse de cheveux dont on ne saurait se passer, et/ou cette pourvoyeuse de bacon. Vous direz que dans une famille à deux mères, ça s’annule, mais il paraît que non. Il paraît que la mère qui porte l’enfant vit exactement les mêmes injustices biologiques que toutes les autres mères. Que c’est elle qui fait les plus grands sacrifices, que c’est elle qui n’arrive pas à dormir quand son enfant rentre tard même quand il a 18 ans. Reste que parce qu’elle donne la vie, qu’elle assure la survie de l’espèce, la mère est considérée comme le bout de tout.

Puis, il y a ces femmes qui viennent tout chambouler en refusant la maternité au nom de l’environnement. Des femmes qui ont dû recevoir encore plus de lettre de bêtises que Foglia ce samedi, après avoir accusé les mères de parker leurs enfants dans les CPE. Des mères, c’est sensible. T’as pas le droit de leur dire qu’elles sont égoïstes de vouloir recommencer à travailler, et t’as encore moins le droit de leur dire qu’elles sont un fardeau pour la planète. T’as vraiment pas le droit de faire ça.

Quand j’ai fait part de mon incertitude quant à la maternité sur Facebook, j’ai évidemment eu une trolée de mères qui m’ont rassurée (ce que sait faire une mère) en me faisant part du sens que ça avait donné à leur vie, d’avoir des enfants. Plein de mères qui m’ont dit que, même si c’était un fardeau, ça avait changé leur vie, qu’après ça, la chicane sur Facebook te paraît bien futile. Bien que mon égoïste vie ait déjà beaucoup de sens en ce qui me concerne, je serai toujours curieuse de savoir comment ça peut changer tant que ça, d’avoir des enfants. Parce que malgré tout, après la lecture d’un petit essai qui montre les bout les plus durs de la maternité, on a quand même envie de ça. Peut-être plus dans quatre ans que cette année, mettons.

Aujourd’hui, j’aurais envie de demander à mes amies qui n’ont pas eu d’enfants et qui ont passé l’âge d’en avoir si elles ont l’impression qu’il leur manque quelque chose. Si elles regrettent de ne pas avoir vécu ça. En même temps, qu’en sauraient-elles. Avoir un chien a changé ma vie, acheter une maison a changé ma vie. J’aurais jamais pensé que rencontrer mon amoureuse changerait ma vie à ce point. Le meilleur moyen de le savoir, c’est sûrement de l’essayer. Comme la trempette étagée dans le buffet. Mais en plus grave.

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