VANCOUVER – Un soir du mois de mars 1997, une prostituée du quartier Downtown Eastside de Vancouver a accepté l’offre d’un client lui proposant 100 $ pour avoir une relation sexuelle avec elle à sa ferme de Port Coquitlam. Quelques heures plus tard, la femme est arrivée à un hôpital avec de graves blessures, tenant encore un couteau couvert du sang de Robert Pickton.
La travailleuse du sexe, qui ne peut être identifiée que par son pseudonyme Mme Anderson, témoignera mardi dans le cadre de la commission d’enquête sur l’affaire Pickton afin de raconter son horrible visite au domicile du fermier il y a 15 ans et ce qui s’est passé lorsque la Couronne a plus tard refusé de traduire son assaillant en justice.
Cet incident est devenu le symbole de tout ce qui aurait pu être fait différemment lorsque des femmes se sont mises à disparaître dans le Downtown Eatside dans les années 1990 et au début des années 2000, soulevant la question du nombre de vies qui auraient pu être sauvées et qui ne l’ont pas été.
Mme Anderson a été attaquée en mars 1997 et les procureurs ont décidé au mois de janvier suivant d’abandonner les accusations qui pesaient contre Robert Pickton, incluant celles de tentative de meurtre et de séquestration.
Une vingtaine de femmes ayant plus tard été liées à la ferme de Pickton se sont volatilisées entre mars 1997 et l’arrestation du fermier en février 2002, dont 19 après que la Couronne eut pris la décision de ne pas poursuivre l’homme en janvier 1998.
Après l’arrestation de Robert Pickton, les enquêteurs ont trouvé l’ADN de trois femmes portées disparues sur des preuves saisies après l’attaque de 1997 qui avaient été gardées pendant plusieurs années sans jamais faire l’objet de tests.
Lors de l’audience préliminaire de Pickton, Mme Anderson avait été appelée à la barre afin d’expliquer comment le fermier l’avait abordée à Vancouver et emmenée à sa ferme de Port Coquitlam.
Une fois leur relation sexuelle terminée, l’homme avait glissé une paire de menottes sur l’un de ses poignets. Elle avait alors saisi un couteau et l’avait poignardé au cou et au bras. Pickton avait toutefois réussi à la poignarder à son tour avant qu’elle ne puisse s’enfuir.
Un couple passant en voiture ayant vu Mme Anderson marcher sur la route l’avait embarquée et conduite à un hôpital. À son arrivée, elle tenait toujours le couteau qui lui avait permis de se défendre et portait encore les menottes. Ses blessures étaient si importantes que son coeur s’était arrêté deux fois pendant qu’elle était sur la table d’opération.
Plus tard cette nuit-là, Robert Pickton s’était présenté au même centre hospitalier et la clé des menottes avait été retrouvée sur lui.
La Gendarmerie royale du Canada (GRC) à Port Coquitlam avait recommandé qu’une série d’accusations soient portées contre Pickton, accusations que la Couronne avait aussitôt approuvées.
Mais en janvier 1998, la Couronne avait laissé tomber la poursuite parce qu’elle estimait que Mme Anderson, qui était toxicomane et avait manqué plusieurs rencontres avec les procureurs, n’était pas un témoin fiable.
Pourtant, de nombreux policiers ont déclaré devant la commission d’enquête que Mme Anderson était crédible et qu’elle aurait fait un témoin très convaincant si la police et la Couronne avaient travaillé davantage pour s’assurer sa participation.
Les restes ou l’ADN de 33 femmes ont été retrouvés sur la ferme de Robert Pickton. Celui-ci a été reconnu coupable de six accusations de meurtre au second degré, même s’il a déjà avoué à un policier en civil qu’il avait fait 49 victimes.