Culture

Good Time: dans les tréfonds les plus sombres de New York avec RPatz

Good Time, thriller percutant avec un Robert Pattinson exubérant aux commandes, nous plonge tête première dans la détresse de deux frères issus du quartier d’enfance de Trump.

Après le très acclamé Heaven Knows What, film coup-de-poing des frères cinéastes new-yorkais Josh et Ben Safdie, qui relatait la descente aux enfers d’une héroïnomane sans-abri, rien ne laissait présager que leur long métrage suivant ferait appel aux services d’un ancien vampire tombeur prêt à tout pour protéger sa Bella. De leur propre aveu, les frères s’affairaient à la pré-production
de leur thriller, épaulés par Martin Scorsese à titre de producteur exécutif, lorsqu’ils ont reçu le courriel d’un certain RPatz.

«Robert Pattinson nous a écrit : “J’ignore pourquoi, mais nous devons travailler ensemble. J’ai vu l’image promotionnelle de Heaven Knows What et j’ai immédiatement senti l’urgence de vous écrire”», relate un Josh Sadfie toujours aussi amusé par la chose lorsque nous le rencontrons à Montréal pendant le Festival Fantasia, où Good Time était présenté en première nord-américaine.

Pourquoi un acteur davantage connu pour ses interprétations de gars tranquilles et impénétrables souhaitait-il prendre contact avec des cinéastes de l’underground qui s’imprègnent de la dure réalité des délinquants et autres hors-la-loi indomptables? «J’imagine que ce fut très étrange de ma part de leur envoyer ce message», se souvient pour sa part Pattinson en conférence de presse à l’Université Concordia. «Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Mais la bande-annonce de Heaven Knows What a réveillé mon envie de vouloir travailler avec eux, pour livrer une performance dans laquelle tout serait confrontation pure, où je n’aurais jamais le loisir de rester passif.»

«Les stars sont parmi nous. Beaucoup de gens cachent un potentiel d’interprète inexploité – eux-mêmes n’en sont pas au courant. Une des grandes réussites pour un réalisateur, c’est que la vraie personne et le personnage se fondent dans le film, car il n’existe aucune référence pour le spectateur. Ce dernier découvre cette personne pour la première fois, en tant que personnage et rien d’autre.» -Josh Safdie, à propos de son intérêt pour les acteurs sans expérience professionnelle

Ce côté impulsif de Pattinson est à l’image de Connie, l’arnaqueur tourmenté auquel il prête ses traits dans Good Time. Issu du quartier du Queens, ce blond platine à l’énergie débordante tente par tous les moyens de libérer son frère handicapé (Ben Safdie) de prison après un braquage de banque qui tourne mal. La bande sonore du musicien électronique Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never), qui a remporté le prix de la meilleure B.O. au dernier Festival de Cannes, ponctue à merveille l’interminable nuit de nos deux protagonistes habitués à être en mode survie.

«Depuis l’enfance, j’ai toujours été fasciné par les portraits de criminels américains», nous explique Josh à propos de sa volonté de mettre en scène des vrais de vrais marginaux. «En vieillissant, j’ai connu quelques petits accrochages avec les forces de l’ordre, et voir le système carcéral de l’intérieur fut très éclairant.»
Bien que l’écrivain de l’après-guerre Norman Mailer et l’émission de téléréalité
Cops («Il s’agit d’un jeu tordu et purement provocateur : pouvons-nous arrêter quelqu’un illico?») aient
servi d’inspiration, c’est le Queens, le quartier de leur enfance dans lequel baignent aussi leurs protagonistes, qui a nourri ce récit à l’esprit complètement anarchique.

«C’est le quartier de Mobb Deep, de Joey Ramone, de Kool G Rap et d’un tas de grands artistes», m’annoncent fièrement les frères lorsque je leur demande pourquoi ils décrivent malgré tout
Queens comme un quartier tragique. «Pourtant, ça reste un quartier-dortoir, un lieu que les résidants souhaitent déserter afin de trouver la gloire ailleurs. La tragédie, elle est là.»

Je ne peux d’ailleurs m’empêcher d’évoquer un autre bonhomme natif du Queens, qui illustre parfaitement la psychologie de l’underdog «queensien», selon Josh.

«Donald Trump est originaire du coin de Jamaica Estates, qui ressemble beaucoup à la banlieue : un tas de maisons entourées de petits lopins de terre, souligne Ben. Et regarde comment il personnifie pourtant aujourd’hui Manhattan et l’esprit du “j’ai réussi ici”. C’est l’underdog avec des millions en banque. Il s’est autoproclamé porte-voix des laissés-pour-compte comme Connie et son frère aux dernières élections. C’est fascinant comment il a récupéré ce sentiment dans l’air du temps afin d’en tirer profit. Cela dit, Trump est la quintessence de l’opportuniste qui profite de n’importe quoi.»

Infos
Good Time

En salle dès le 25 août

Articles récents du même sujet

Exit mobile version