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Guillaume Wagner: le «p’tit crisse» qui fesse là où ça fait mal

Il s’est moqué des gens superficiels, a ri des conventums de Star Trek et a remis en question la pertinence de la papemobile. Gagnant de l’Olivier Révélation en 2011, celui qui s’est fait remarquer dans les galas de Mike Ward et de JF Mercier s’apprête à présenter Cinglant, un premier one man show au titre qui le décrit bien. On a hâte. Car Guillaume Wagner, qui s’autoproclame «p’tit crisse», fesse là où ça fait mal. Et ça fait du bien.

Ce que Guillaume Wagner aime? Les sujets qui divisent. Faire rire. Aller dans les zones troubles. Ce qu’il n’aime pas? «La bullshit», répond-il du tac au tac. C’est d’ailleurs une des choses qu’il s’emploie à faire ressortir dans son premier spectacle solo. Les conneries qu’on se fait croire, les mensonges qu’on se raconte. L’aveuglement volontaire, comme il dit. Il souligne d’ailleurs que, s’il y a une chose qui choque encore et qui ébranle beaucoup, c’est celle-là. Dire à quelqu’un : «Heille! Tu sais quoi? Ce truc auquel tu affirmes croire très, très fort? Ben, c’est vraiment n’importe quoi!»

Avec son regard «négatif, mais tout de même teinté d’espoir sur la vie», le jeune humoriste s’est attiré bien des fidèles. Il s’est notamment moqué des gens plastiques et faux, qui paradent dans les bars en montrant leurs gros muscles, en exposant leurs gros «tawtons» et en se vantant d’avoir un «char monté avec un aileron». Un numéro épique qui l’a vite rendu célèbre. Et adoré par les personnes qu’il s’employait à parodier. «Étrangement, les douchebags m’aiment beaucoup, concède-t-il. Mais il y a toutes sortes d’autres personnes qui me suivent. Des intellos, des gauchistes, des gens qui aiment l’humour cru et vulgaire… J’aime ça, j’ai un public assez varié, mais généralement plus jeune. Je ne sais pas pourquoi, les plus vieux tripent beaucoup moins sur moi!»

Il faut dire que les blagues de Guillaume sont fort rafraîchissantes. Dans un de ses numéros, par exemple, il s’emploie à énumérer avec beaucoup d’ironie cinq trucs pour être content ou, plutôt, pour faire le vide dans son esprit. Car, selon le jeune homme, «c’est universellement accepté qu’on est heureux quand on ne pense à rien». Parmi ces trucs, il place baiser avec n’importe qui, croire à n’importe quoi, acheter plein de cossins, avoir une job poche et, enfin, regarder la télé. Des conseils qu’il affirme ne pas suivre dans la vraie vie, puisqu’il n’a pas «le bonheur facile». «Je suis un gars assez négatif. Je ne suis pas quelqu’un qui s’émerveille, ooooh! aaaaaah!, sur la vie. Remarque, c’est peut-être ça, le truc pour être heureux, mais moi, je me sentirais très niais et complètement déconnecté de la réalité si je vivais dans ce ooooh! et dans ce aaaaaah!»

Guillaume assure toutefois que Cinglant n’est guère un spectacle pessimiste, puisque lui-même n’est pas un type pessimiste. Simple de même. « C’est d’ailleurs ce qui me différencie du script-éditeur de mon show [Jean-François Mercier]. Lui, il chiale et il pense qu’il n’y a pas d’espoir. Moi, je chiale, mais je pense qu’il y en a.»

Celui qui participe à l’émission Cliptoman, diffusée à Musique Plus, et à Un gars le soir, présenté sur V, précise aussi que, s’il se plaint sur certains points, c’est dans un but bien précis. «Je veux souligner à quel point certaines choses n’ont aucun sens. Faire comprendre aux gens qu’on ne devrait pas agir comme ça! Que ça ne devrait pas être de même! Qu’il faut réfléchir un peu plus!»

Parmi les choses qu’il tient à mettre en lumière se trouve l’individualisme de plus en plus rampant de notre époque. «C’est sûr que je ratisse assez large. Je parle du thème classique du couple, des relations humaines en général, de la religion aussi. Et puis de mes défauts, car j’en ai beaucoup. Mais c’est d’abord et avant tout un show sur ma génération. Une critique de qui on est, de ce qu’on est devenus. Des gens de plus en plus renfermés, de plus en plus réfugiés dans nos bulles… Des gens individualistes qui sont quand même capables de se soulever, comme on l’a vu pendant le conflit étudiant.»

Détestant «faire consensus», Guilaume n’hésite pas à lancer des phrases qui ne font pas l’unanimité, ouvrant par exemple son numéro en affirmant : «En région, le monde comprennent fuck all à mon humour!» uniquement pour mieux se moquer des piètres conditions de vie des Montréalais par la suite. À l’évocation de cette déclaration, Wagner rit et raconte un récent passage aux Îles de la Madeleine qui, dit-il, lui a quelque peu donné raison. «C’est un endroit extrêmement agréable, les gens sont super fins, vraiment, vraiment gentils, mais… c’est vrai qu’ils ne comprennent absolument pas mes gags! J’arrive là avec mon : ‘‘La vie, c’est d’la marde!’’ Eux, ils me regardent de travers et me disent tout doucement : ‘‘Ben voyons don’! As-tu vu le coucher de soleil?’’ Et moi, je suis obligé de me rendre à l’évidence. ‘‘Ben oui, t’as ben raison, c’est vrai que c’est merveilleux!’’»

C’est pourquoi l’humoriste se dit particulièrement content de présenter la grande première de Cinglant dans la métropole, où les problèmes affluent en grand nombre. «Mon humour est assez urbain, critique, ancré dans l’endroit où on vit. À Montréal, disons que ça touche une corde sensible!» Et puis, les couchers de soleil, ici, moyen. «Y en a, conclut Wagner, mais personne ne les regarde!»

Cinglant
17 et 18 octobre
Au Théâtre Saint-Denis

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