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Culture

Instinct de survie

Peter Lindholm - Métro Suède

Écrivain et journaliste spécialiste de la Camorra, mouvement ma­fieux urbain, Roberto Saviano a écoulé plus de 1,2 million d’exemplaires en Italie de son roman-fleuve Gomorra, qui trace un portrait des habitants de Naples qui vivent au rythme de la violence et du sang.

Un succès prolongé par l’adaptation cinématographique, qui a décroché le grand prix du jury lors du dernier Festival de Can­nes.

Régulièrement menacé de mort, ce jeune homme de 29 ans vit sous protection policière 24 heures sur 24 heures. Entretien avec un homme qui tente de survivre.

Pouvez-vous décrire votre vie actuellement?

Je vis avec cinq gardes du corps et je me déplace avec deux voitures blindées. Le truc le plus bizarre, c’est que je dois planifier tout ce que je fais deux jours à l’avance. Mes gardes du corps doivent connaître le moindre de mes déplacements en détail, tout vérifier. Je mène une vie confinée qui rend compliqué le moindre geste quotidien. Heureuse­ment que je pratique la boxe pour évacuer ma colère, car sinon, je ne sais pas où je serais aujourd’hui.

Cet automne, la mafia a menacé de vous assassiner avant Noël…

C’est assez tragicomique de se retrouver dans une situation où l’on connaît la date à laquelle on est censé mourir. Je pense toutefois que la médiatisation de mon exécution supposée la rend à la fois moins dramatique et moins facile à organiser. Il n’en reste pas moins que c’est difficile à vivre.

Allez-vous continuer à vivre en Italie?

J’ai pensé déménager, essentiellement pour pouvoir travailler en paix. Je veux continuer à écrire sur mon pays, même si le succès de Gomorra crée forcément beaucoup d’attentes. Mais contrairement à beaucoup d’écrivains, je ne réfléchis pas trop à mon prochain livre. Je pense d’abord à survivre.

D’après vous, pourquoi votre livre a-t-il trouvé un si fort d’écho dans le monde entier?

Je crois que la mafia a une aura romantique qui dépasse largement les limites d’un pays. Ces organisations transcendent les notions de frontières, de religion ainsi que les autres critères d’appartenance. À cause de l’argent, du business, du pouvoir… Le livre bénéficie également de la popularité de certains films ou de séries télé comme Les Soprano.

Et vous, que pensez-vous des Soprano?

Lors d’une récente conférence à Helsinki, en Finlande, on m’a appelé Roberto Soprano! [Rires] Je trouve que c’est une très bonne série qui décrit assez bien la réalité, même si elle dresse le portrait d’une organisation mafieuse sur le déclin. Je me souviens d’un épisode dans lequel Tony Soprano effectue un voyage à Naples et se retrouve vite fasciné par ce bastion du crime organisé où tout ce que nous connaissons aujourd’hui est né. D’ailleurs, la famille Soprano vient de Naples.

Gomorra
En salle dès aujourd’hui

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