lang="fr-FR" > Philippe Lioret / Welcome: Bienvenue au club
Culture

Philippe Lioret / Welcome: Bienvenue au club

C’était un des thèmes récurrents de Cinemania : le sort des sans-papiers dans une Europe mondialisée. Costa-Gavras avait centré Éden à l’Ouest sur cette problématique en suivant un exilé qui tentait de trouver refuge à Paris.

Philippe Lioret situe l’intrigue de Welcome un peu plus au nord en s’attardant à l’histoire d’un homme (Vin­cent Lindon) qui entraîne secrètement un jeune réfugié kurde (Firat Ayverdi) pour qu’il puisse rejoindre à la nage l’élue de son cÅ“ur en Grande-Bretagne.

N’hésitant pas à comparer Calais et la Manche à la frontière mexicaine, où de nombreux individus sont disposés à risquer leur vie pour atteindre l’Eldorado anglophone, le metteur en scène de Tenue correc­­te exigée se sent démuni face à la réalité qui prévaut.

«Il y a une loi en France qui dit que l’aide aux personnes en situation irrégulière est punissable de cinq ans de prison, raconte Philippe Lioret durant un entretien téléphonique. Je dis de modifier cette loi. Ajoutons seulement quatre mots à cet article de loi en disant « aide à la personne irrégulière à des fins lucratives ». Donc, des gens qui se font payer pour être passeur. Ça libère de cette épée de Damoclès les citoyens, qui n’ont pas à subir les foudres judiciaires pour un simple crime de compassion.»

Cette proposition n’a pas été retenue, et Welcome s’est rapidement fait vilipender par des instances gouvernementales, ce qui désole le réalisateur. «Comme la droite est majoritaire et qu’ils suivent tous les injonctions de Sarkozy… C’est fou, on a un ministère de l’Identité nationale en France, ce qui est très révoltant. Ça me rappelle Vichy…»

Retour à la normale
Avec un récit aussi explosif, la politique dame généralement le pion au septième art, au grand regret du cinéaste. «Ce n’est pas un pamphlet, mais plutôt un film à hauteur d’homme qui raconte deux histoires d’amour malheureuses et qui vont se heurter contre  l’ordre du monde. C’est ça qui m’intéresse. Je préfère me réfugier dans le cinéma, dans mon métier. Je suis très content d’aller rêver ailleurs, car ce monde-là ne me fait pas rêver du tout.»

Ayant écrit le scénario en compagnie d’Emmanuel Courcol et d’Olivier Adam (qui, entre-temps, a publié À l’abri de rien, traitant d’un thème connexe), Lioret n’a aucune difficulté à
s’approprier ces sujets en y ajoutant une dimension romanesque.

Que ce soit dans Je vais bien ne t’en fais pas, L’équi­pier et vraissemblablement dans l’adaptation cinémato­graphique du roman d’Em­ma­nuel Carrère D’au­tres vies que la mienne qu’il est en train de préparer, les pro­tagonistes voient souvent leurs espoirs fondre com­me neige au soleil.

«Parce que la maman de Bambi est morte, rappelle le créateur de Made­moi­sel­le. Au-delà de cette décep­tion, qui n’est rien d’autre qu’un calque de ce qui se passe dans la vraie vie, j’espère que le film trimballe aussi avec lui une forme d’optimis­me sur la nature humai­ne et les relations fortes qui peuvent se nouer entre les hommes, et que c’est la seule chose qui puisse faire changer le cours des choses.»

Welcome
En salle dès aujourd’hui

Articles récents du même sujet

Exit mobile version