À en juger par le nombre de productions en lice pour le Jutra du Meilleur film, l’année 2009 a été une bonne cuvée pour le cinéma québécois. Pour la première fois de son histoire, la prestigieuse catégorie passe de quatre à cinq finalistes. En attendant le gala de dimanche, voici ce qu’on a pensé des longs métrages retenus par le jury.
1981
(Ricardo Trogi)
Le charme des années 1980 opère à fond dans cette comédie autobiographique du réalisateur de Québec-Montréal. Pour le plus grand plaisir des nostalgiques, les clins d’Å“il à cette décennie fort colorée se succèdent à un rythme infernal pendant près de 90 minutes : du catalogue de Distribution aux consommateurs aux coupe-vent de marque K-Way, en passant par le Walkman de Sony et le couvre-lit à l’effigie de Star Wars, tous les symboles qui ont marqué l’imaginaire de la génération X y passent. Mais 1981 est beaucoup plus qu’une succession de bons flashs.
C’est avant tout l’histoire touchante et comique d’un préadolescent (Jean-Carl Boucher, en nomination pour le Jutra du Meilleur acteur) tiraillé entre ses origines modestes et l’envie de plaire à ses nouveaux amis bien nantis. À l’écran, les jeunes comédiens ont souvent tendance à trop en mettre. Pas dans ce film. D’un naturel fou, ils évitent le piège de la caricature.
Le jour avant le lendemain
(Marie-Hélène Cousineau et Madeline Piujuq Ivalu)
Ne laissez pas la facture de style documentaire et les sous-titres vous rebuter. Le jour avant le lendemain a beau avoir été tourné en inuktitut, il offre plusieurs scènes d’une rare intensité émotionnelle. Construit comme une fable, ce long métrage de Marie-Hélène Cousineau et de Madeline Piujuq Ivalu nous plonge dans le Grand Nord du 19e siècle, à l’époque où les tribus autochtones n’avaient pas encore rencontré de Blancs.
En plus de montrer des paysages à couper le souffle, ce conte à saveur historique s’appuie sur de magnifiques chansons signées Anna et Kate McGarrigle. Autre bonne nouvelle : on peut visionner le film en tout temps – et en HD – sur Isuma.TV, un portail vidéo autochtone.
Dédé à travers les brumes
(Jean-Philippe Duval)
Après avoir vu Dédé à travers les brumes, on ne s’étonne pas d’apprendre qu’un long métrage sur la vie de Gerry Boulet est présentement en branle. Le réalisateur Jean-Philippe Duval prouve qu’il est possible de s’attaquer à la mémoire d’une icône de la musique rock québécoise sans tomber à pieds joints dans la complaisance. À l’écran, Sébastien Ricard est si convaincant dans le rôle-titre qu’au terme de la projection, on se surprend à confondre son visage avec celui du défunt leader des Colocs.
Charismatique à souhait, le rappeur chante les plus grands succès du groupe-culte des années 1990 avec une admirable justesse de ton. Le biopic musical s’étire peut-être trop en longueur, mais il a le mérite de montrer les différentes facettes d’un des artistes les plus marquants de notre histoire.
J’ai tué ma mère
(Xavier Dolan)
Avec un seul film, Xavier Dolan s’est imposé comme une figure importante du cinéma québécois. Trois fois primé à la 41e Quinzaine des réalisateurs de Cannes (et dans plusieurs autres festivals internationaux), J’ai tué ma mère happe le spectateur non seulement par son récit à saveur autobiographique, mais également par ses images, d’une rare beauté poétique.
En pleine possession de ses moyens, le jeune cinéaste jette un regard lucide sur la relation amour-haine qui unit une mère désincarnée (Anne Dorval au sommet de son art) à son fils en pleine crise identitaire. Les extraits de poèmes à teneur philosophique copiés-collés dans les dialogues agacent, mais Dolan réussit à nous faire digérer le tout grâce à une bonne dose d’auto-dérision.
Polytechnique
(Denis Villeneuve)
Le pari était risqué. Les pièges étaient nombreux. Plusieurs condamnaient l’idée même de tourner un film sur cette tragédie qui ne cesse de bouleverser les Québécois depuis 20 ans. Karine Vanasse a bien fait de foncer et, surtout, de retenir les services de Denis Villeneuve. Le réalisateur de Maelström propose un long métrage dur, certes, mais qui ne verse jamais dans le sensationnalisme de bas étage (le traitement en noir et blanc – pour éviter d’exhiber l’abondance de sang au grand écran – y est sûrement pour quelque chose).
Basé sur les témoignages des survivantes de cette horrifique journée du 6 décembre 1989, Polytechnique compte sur un jeu tout en retenue de ses comédiens. Dans le rôle du tueur, Maxim Gaudette (en lice pour le Jutra du Meilleur acteur de soutien) terrifie par son seul regard. Le scénariste Jacques Davidts a aussi eu l’intelligence de montrer le sentiment de culpabilité avec laquelle les étudiants de sexe masculin ont dû composer après le massacre.
La soirée des Jutra
À Radio-Canada
Dimanche soir à 19 h 30