On connaissait déjà le penchant pour le kitsch de MC Gilles, de son vrai nom Dave Ouellet. Avec ses Grands classiques, l’animateur et DJ a donné aux laissés-pour-compte de la musique québécoise la possibilité de voir leur Å“uvre endisquée.
D’où te vient cette passion pour la musique qu’on pourrait appeler «marginale»?
Je trippe beaucoup sur ce qui vient du terroir, pas seulement la musique, mais je fais collection de tout ce qui est kitsch. J’ai une fascination pour l’authentique, pour ce qui dure dans le temps, contrairement à ce qui est éphémère. Le projet de ce disque a commencé par des cadeaux, des vieux disques que des amis me donnaient parce qu’ils connaissaient mon penchant pour les pochettes comiques. Mon objectif, dès le début, c’était de mettre tout ça ensemble un jour et de donner une visibilité à ces artistes.
Qu’est-ce qu’une bonne chanson pour toi?
Il faut qu’il y ait une émotion, peu importe laquelle. Sur le disque, il y a des chansons tristes, comme Un verre sur la table, l’histoire de quelqu’un qui est alcoolique et qui vit une rupture. Il y a aussi des pièces comiques, d’autres nostalgiques, qui nous rappellent notre enfance, ou encore authentiques: des personnes qui racontent leur vie, comme Être une infirmière, de Marguerite Bilodeau. Je trouve que dans l’industrie commerciale de la musique, c’est toujours les mêmes sujets qui reviennent, alors que les gens qui s’autoproduisent ont une plus grande liberté de parler de leur quotidien. Je trouve ça plus intéressant… même si c’est plus jugé aussi! Je préfère toujours quelque chose d’authentique, qui n’a pas été composé selon les standards de l’industrie, plutôt que la saveur du mois qu’on va avoir oubliée d’ici la fin de l’année.
Tu as eu des problèmes à faire accepter ce projet à l’Union des artistes…
C’est un peu absurde, mais il y a vraiment deux star-systèmes au Québec : ceux qui sont membres des diverses associations et les autres, qui ne passent pas à la radio commerciale, qui font le tour des petits festivals indépendants… Pourquoi on n’entend pas parler d’eux? Parce qu’ils ne sont pas membres d’une association professionnelle. Dès le départ, le syndicat de l’UDA m’a dit que je ne pouvais pas sortir cet album, parce que «ce ne sont pas de vrais artistes, ils n’ont pas payé de cotisation, ils n’ont pas payé leurs musiciens suffisamment selon les normes de l’Union…», mais ces gens-là n’ont pas forcément ce genre de moyens. Je me suis donc battu pour qu’ils soient reconnus comme des artistes. Ç’a été excessivement complexe et long, mais j’y tenais parce qu’à mon avis, quiconque fait de la musique devrait être reconnu comme musicien.
Les artistes, de leur côté, n’ont pas eu de réticences?
Comme je me battais pour eux, ils savaient que mon but n’était pas de me moquer d’eux et que ma démarche était respectueuse. De plus, avec ce que je fais déjà à la radio, ces artistes sont toujours excessivement contents d’être diffusés, que le public aime ou trouve ça drôle. Un des refus que j’ai eus, c’est pour la chanson Avoir 16 ans de Guillaume Lemay-Thivierge… La peur d’être ridiculisé vient davantage du milieu des «professionnels» que de ceux qui ne seraient pas diffusés de toute façon.
Les grands classiques de MC Gilles
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