Culture

Musée des beaux-arts: des plaintes «ignorées» par l’administration

Le Musée des beaux-arts de Montréal

Le Musée des beaux-arts de Montréal

Le climat de travail toxique au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) n’est pas seulement attribuable à l’ancienne directrice générale Nathalie Bondil, soutiennent d’anciens employés de l’institution.

Selon des témoignages recueillis par Métro, plusieurs gestionnaires sont à blâmer, notamment dans le traitement des plaintes par le département des ressources humaines.

Une ancienne employée a raconté avoir déposé trois plaintes pour «comportements inappropriés» contre sa supérieure immédiate en l’espace de six mois sans obtenir de résultats.

Elle a finalement démissionné un peu plus d’un an après son entrée en poste.

«J’ai essayé de tenir le coup quelques semaines de plus, mais j’ai décidé que ma santé mentale était plus importante», a-t-elle dit.

Sans résultat

Une autre ancienne travailleuse a confié avoir porté plainte contre une collègue de travail «toxique», également sans effet.

«J’étais en larmes lors de la rencontre avec les ressources humaines. C’était difficile de parler de mes problèmes, j’avais peur que ça ait des répercussions sur ma position dans l’organisation. On m’a écouté et pris des notes, en disant qu’ils allaient voir ce qu’ils pouvaient faire.»

Trois semaines plus tard, elle n’avait pas encore obtenu de réponse.

«J’ai fait un suivi et j’ai reçu un courriel me disant que ma demande était toujours en traitement, relate la jeune femme. Je ne sentais pas qu’il y avait de solutions qui s’en venaient de leur côté. J’avais l’impression qu’on laissait trainer le dossier. Je n’ai pas reçu d’encouragement ou de soutien. J’aurais pu être transférée dans un autre département, mais on ne m’a rien proposé.»

«Le temps passait et j’étais de plus en plus misérable au travail. Peut-être qu’à la longue il y aurait eu des développements, mais je n’avais pas le luxe d’attendre» – Une ancienne employée du Musée des beaux-arts de Montréal

Elle a aussi démissionné pour «préserver [sa] santé mentale».

Appelée à réagir à ces affirmations, la direction du Musée nous a plutôt dirigé vers le syndicat des employés du MBAM.

«Notre démarche continue d’être une démarche de relations de travail, dans laquelle nous interpellons l’institution afin qu’elle soit saisie des signalements qui nous sont rapportés et que le sérieux nécessaire y soit accordé. Nous avons déposé un grief auprès des représentants de l’employeur – dans le cadre du comité de relations de travail et tel que le stipule notre convention collective – pour réclamer que l’employeur agisse afin de garantir un milieu de travail sain et exempt d’harcèlement», a écrit Marie-Claude Saïa, présidente du syndicat, dans une déclaration envoyée à Métro.

La présidente précise que de nombreux employés «avaient peur de porter plainte par peur de représailles, de ne pas pouvoir travailler ailleurs ou ont tout simplement quitté le musée».

Portrait nuancé

Selon un troisième ancien employé, qui dit avoir quitté le musée en bons termes, le département des ressources humaines doit porter une partie du blâme pour le climat de travail difficile à l’intérieur des murs de l’institution.

«Ce qui est triste, c’est qu’on a un musée polarisé parce qu’on a des employés qui considèrent qu’ils n’ont pas été écoutés. Ce ne serait pas le cas si les ressources humaines avaient fait leur job pour transmettre à l’ensemble des employés du musée les bonnes informations et les bons processus à suivre.»

Selon lui, le problème dépassait la seule gestion de l’ancienne directrice générale.

«Nathalie Bondil, c’est une personne que je respecte énormément. Ce n’est pas facile de travailler avec elle parce que c’est une personne exigeante qui amène tout le monde à se dépasser au quotidien. Cette exigence commence à 4h du matin et se termine à minuit le soir, parce que Nathalie est infatigable. Mais c’est une leader qui a une vision et un grand humanisme.»

«Par contre, est-ce qu’on pouvait lui demander de gérer à la fois la vision du musée, une équipe de 400 personnes et, en plus, faire en sorte que les ressources humaines soient bien administrées? C’est une responsabilité qu’on ne remettrait pas à une personne, c’est impossible», conclut-il.

Rappel

Nathalie Bondil a été congédiée lundi dernier par le conseil d’administration du MBAM, qui lui attribue la responsabilité d’un «climat de travail malsain» et le départ de plusieurs employés qui auraient victimes de harcèlement psychologique.

De son côté, Mme Bondil explique son congédiement par sa contestation du «processus irrégulier» qui a mené à la nomination de Mary-Dailey Desmarais – membre de la famille Desmarais, important donateur du musée – au poste de directrice de la conservation.

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