Le réalisateur Guillaume Sylvestre nous plonge dans l’univers des autochtones. Dans Sauvage, son dernier documentaire, il s’attarde à la fois sur la quête identitaire et la volonté de trois générations d’autochtones du Québec de se tailler une place dans le monde d’aujourd’hui.
Guillaume Sylvestre nous fait ainsi rencontrer Daniel Picard, Huron-Wendat de Wendake, producteur et promoteur d’événements autochtones, Anne Archambault, grande chef des Malécites, et Sabrina Boivin, Atikamekw de Wemotaci, qui s’accroche pour décrocher son diplôme d’études secondaires. Les personnages du film sont résilients et refusent le misérabilisme.
«J’ai rencontré Daniel Picard par hasard. À l’époque, il voulait faire un film sur sa réserve, raconte Guillaume Sylvestre. Mais quand je l’ai vu, je me suis dit que c’était lui qui devait être le personnage d’un film.»
C’est ainsi que le réalisateur a commencé à suivre Daniel Picard et à se promener un peu partout au Québec. Guillaume Sylvestre n’était pas un spécialiste de la question des Premières Nations. «C’était un sujet qui m’intéressait mais, comme la plupart des Québécois, je n’en connaissais pas plus. J’ai découvert ce monde pendant l’année et demie où j’ai réalisé le film, confie-t-il. Mais, parfois, un certain temps a été nécessaire au réalisateur pour gagner la confiance de ces peuples, souvent rejetés par les Blancs. «L’image que les Blancs leur renvoient d’eux-mêmes ou celle véhiculée par les médias les heurtent profondément, explique-t-il. Dans certaines réserves, comme celle de Wemotaci, il a fallu prendre le temps. Tu ne peux pas arriver avec une caméra et filmer… ça ne marche pas.»
Pour le réalisateur, au Québec, personne ne connaît vraiment les autochtones. «Personne ne met les pieds dans une réserve, à part quelques rares personnes, alors que ce peuple est là depuis 5 000 ans, souligne Guillaume Sylvestre. Quand on va dans le nord, on se rend compte qu’on n’est pas chez nous, mais bien chez eux. Ces gens-là ont une légitimité d’être là et il faut les écouter.»
Sauvage nous fait partager l’intimité de quelques Amérindiens du Québec qui veulent prouver au monde qu’ils existent et, surtout, qui demandent à être traités d’égal à égal, jamais comme victimes condamnées à disparaître. «C’est certain qu’il y a des communautés ou c’est très dur, des communautés isolées, mais l’image de l’indien misérable que l’on voit souvent, c’est une partie de la réalité. Beaucoup d’autochtones ne veulent pas se conforter dans cette image de misère, fait remarquer Guillaume Sylvestre. Même si, parfois, c’est dur, ce sont des gens qui veulent rester dignes.»
Le réalisateur, qui a signé il y a quatre ans Dur à cuire, sort profondément changé de cette immersion dans le monde des Premières Nations. Et il a voulu, avec Sauvage, faire passer son message. «Le rapport au territoire et à notre histoire change lorsqu’on prend le temps de s’intéresser aux autochtones. Le combat de ces gens-là, c’est le même combat que celui des Québécois en Amérique du Nord. Ils sont enclavés dans des masses de population et essaient de survivre», conclut-il.
Sauvage
En salle dès vendredi