Depuis longtemps, Marc Levy souhaitait camper un roman à Istanbul. Il voulait aussi inventer une héroïne créatrice de parfums et donner vie au personnage de Monsieur Daldry, un célibataire endurci, un peu guindé mais sympathique, qui lui trottait dans la tête depuis un moment. Pour son douzième roman, l’auteur français le plus lu s’est fait plaisir et a rassemblé toutes ces envies dans L’étrange voyage de Monsieur Daldry.
À Londres, en 1950, le destin d’Alice, une jeune femme qui gagne sa vie comme «nez», sera à jamais chamboulé. Une voyante dans une fête foraine lui prédit en effet que l’homme qui vient de passer dans son dos est celui qui comptera le plus dans sa vie. Pour le retrouver, elle devra rencontrer six personnes qui la mèneront jusqu’à lui. La diseuse de bonne aventure lui confiera également qu’elle a deux vies en elle, «celle que tu connais et une autre, qui t’attend depuis toujours». Troublée, Alice confiera cette étrange révélation à son voisin de palier, Monsieur Daldry, et ensemble, ils entreprendront un voyage qui les mènera à Istanbul et qui changera le cours de leur existence.
S’il a voulu camper une partie de son nouveau roman dans la métropole de la Turquie, c’est que Marc Levy a eu un coup de foudre pour cette ville quand il l’a visitée il y a quelques années. «J’ai été frappé par sa sensualité et par sa beauté. C’est une ville que j’ai trouvée extrêmement romanesque», affirme l’auteur, qui était de passage à Montréal le mois dernier. Si l’auteur s’est découvert plusieurs affinités avec la Turquie, c’est aussi qu’il y a fait une surprenante découverte : son arrière grand-père y a vécu toute sa vie.
«Ça n’a toutefois pas été le point de départ du roman, souligne Marc Levy. Il y a une conjonction de plusieurs éléments qui font qu’à un moment donné, l’histoire arrive. Mais comment elle arrive, c’est difficile à dire. Et quand elle est lancée, les personnages peuvent me faire bien des surprises!»Une chose que sait cependant cet écrivain qui vit maintenant à New York, c’est qu’il avait envie de donner une place importante aux odeurs dans cette histoire, les sensations olfactives n’étant pas assez exploitées en littérature selon lui.
«J’avais envie d’une héroïne qui voit le monde par le prisme des odeurs. La mémoire olfactive est la seule mémoire indéfectible et indélébile, et je trouve cela extrêmement sensuel», explique-t-il.Le métier de nez a toujours fasciné Marc Levy. Adolescent, il avait visité le laboratoire de la fille d’une amie de ses parents, qui était nez, et cela l’avait fortement marqué. Pour l’aider à se replonger des années plus tard dans la vie d’une créatrice de parfums, l’écrivain a entre autres rencontré la grande créatrice de parfums Olivia Giacobetti. «Elle a été d’une extrême générosité», confie-t-il.
Avec ses effluves exotiques et son ambiance d’après-guerre, L’étrange voyage de Monsieur Daldry est avant tout un roman sur la quête d’identité; un thème cher à l’auteur d’Et si c’était vrai…«Comme Alice, on porte tous une autre histoire, affirme Marc Levy. Raconter la vie d’Alice était une façon d’aborder un sujet qui me touche, c’est-à-dire qu’il y a selon moi une part de notre identité qui est profondément enfouie à l’intérieur de nous. La société, de l’enfance à l’adolescence, nous pousse à entrer dans un certain moule, une certaine conformité, ce qui fait qu’on a plutôt tendance à gommer nos différences qu’à les montrer. On passe ensuite une grande partie de sa vie à chercher ce qui nous rend différents des autres.»
En vacances
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L’étrange voyage
de Monsieur Daldry
Éditions Robert Laffont
422 pages