Culture

Roger Tabra: prête-moi ta plume

Roger Tabra est un homme généreux. En entrevue, où il raconte des tranches de vie à sa manière colorée, sans se censurer. Avec l’être humain en général («J’ai toujours de la soupe au frigo, j’appelle ça l’assiette du pauvre. Je ne laisserai jamais personne crever de faim!»). Et, bien sûr, avec la bonne cinquantaine d’artistes québécois à qui il a prêté sa plume au fil des ans; Éric Lapointe, France D’Amour, Dan Bigras, pour ne nommer que ceux-là.

«J’ai eu beaucoup de chan­ce. J’ai eu des interprètes qui ont fait ma réputation. On me reconnaît dans la rue, pourtant je suis un parolier, pas une rock star. Mais j’ai une gueule de game over, alors on me remarque vite!» rigole Tabra.

Mais le métier de paro­lier ne paie guère, le poète en sait quelque chose. Particulièrement lorsqu’on n’a pas la citoyenneté canadienne et qu’on doit payer le plein tarif pour ses soins de santé. «C’est connu, je soigne une cirrhose. Ça coûte cher, une journée à l’hôpital; alors, imaginez 10!» lance-t-il.

C’est donc pour venir en aide à celui qui est devenu leur ami et pour lui rendre hommage que 10 artistes d’ici –  Dan Bigras, Wilfred Lebouthiller, Marc Dupré, Laurence Jalbert… – ont enregistré l’album Avoir autant écrit, sur lequel chacun se réapproprie un texte de Tabra qui a été popularisé par un autre.

Ainsi, Ginette Reno chante Mon ange (Éric Lapointe), Bruno Pelletier réinvente Un homme ça pleure aussi (Dan Bigras) et Éric Lapointe donne de la voix sur Au nom de tous les miens (Mario Pelchat). «J’ai reçu cet album comme un immense cadeau, affirme le principal intéressé. Pour moi, c’est 10 000 disques d’or. Tous ces artistes ont reçu des Félix, je crois… alors je me tape 10 Félix d’un coup!»

L’artiste interprète aussi la pièce-titre, inédite, d’Avoir tant écrit, et force la question : pourquoi avoir préféré l’ombre aux feux de la rampe pendant toutes ces années?

«J’aurais pu faire un autre album, de la scène, je l’ai déjà fait il y a 15 ans, rappelle-t-il. J’ai une bonne présence, une belle voix, à ce qu’on dit. Je ne sais pas d’où ça vient, cette carrière de parolier. Ce sont les gens qui viennent me voir. Moi, je n’ai jamais appelé un artiste, ce sont eux qui m’appellent et me disent : ¢Tabra, j’ai besoin d’une chanson. » « Pour quand? » « Pour hier. »»

Le poète affirme qu’il ne pourrait pas travailler avec n’importe qui. «Je ne peux pas écrire pour des artistes qui sont pour la peine de mort, ou des gens qui ont des comportements qui ne me plaisent pas, dont je ne me sens pas proche, dit-il. Je ne les juge pas, mais je leur dis non.»

C’est que Tabra n’écrit pas sur commande. Il personnalise ses chansons. «Je rencontre quelqu’un, j’apprends à le connaître en lui parlant, et à la fin, j’écris sa vie dans la mienne, décrit-il. Selon que c’est un homme ou une femme, déjà, ça change. J’ai appris, en commençant le métier, à ne pas faire de chansons conjuguées au masculin ou au féminin. Ce n’est non plus jamais dans le futur ou le passé, c’est toujours dans le présent. Comme je ne suis pas le champion de la grammaire, ça m’arrange très bien! Je n’écris pas « Je t’aimais » ou » Je t’aimerai ». Moi, je t’aime maintenant.»

Avoir autant écrit
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