Culture

À flore de peau

Hélène Florent peut en témoigner. Lors d’un tournage, on entend parfois Jean-Marc Vallée lancer: «Non! Pas comme ça: c’est quétaine!» De son propre aveu, le cinéaste a horreur du romantisme mièvre, un rien fleur bleue. Voilà pourquoi il cherche à éviter la larme facile, une tâche plutôt ardue quand vient le temps de réaliser un drame passionnel de la trempe de Café de flore. «Voir un acteur pleurer, ça m’a toujours un peu agacé. Je préfère de loin un comédien qui retient l’émotion, révèle-t-il. Ce n’est pas toujours facile. Sur le plateau, on essaie des trucs, on se confronte : Est-ce que c’est quétaine? Est-ce qu’on en met trop?»

Ces questions trottent dans la tête de Jean-Marc Vallée depuis 2004, année où il a entendu pour la toute première fois Café de flore, la chanson, remixée par Doctor Rockit, alias Matthew Herbert. De ce titre est né un film qui prendra l’affiche dans les salles du Québec le 23 septembre. «C’est très puissant, la musique», dit le scénariste.

Dur, dur de résumer Café de flore. Histoire de ne gâcher aucune surprise, contentons-nous de la description suivante : entre le Paris des années 1960 et le Montréal du 21e siècle, Café de flore raconte les destins croisés de Jacqueline (Vanessa Paradis), une mère monoparentale française entièrement dévouée à son enfant trisomique, et d’Antoine (Kevin Parent), un DJ québécois pris au cœur d’un triangle amoureux avec son ex-conjointe, Carole (Hélène Florent), et sa nouvelle flamme, Rose (Évelyne Brochu).

Alors qu’Hélène Florent parle d’«effet miroir», Kevin Parent préfère discuter du thème central de l’œuvre: l’amour. «L’amour, c’est un manège d’émotions: ça peut être intense, compliqué, cochon… Le film traite de toutes les facettes de l’amour», déclare-t-il.

Le chanteur gaspésien a travaillé fort dans les mois qui ont précédé le tournage de Café de flore, non seule­ment en gymnase («J’avais quelques livres à perdre», avoue-t-il), mais aussi à la maison et en boîte de nuit, où il a reçu les conseils du DJ Luc Raymond. «On est allé au Stereo et sur l’île Sainte-Hélène, au Piknik Électronik. Je n’avais jamais vécu ça comme expérience. J’ai compris le trip: moins de paroles, plus de beat. Ça devient un mantra, une sorte de vortex énergétique. J’ai fini par catcher la vibe.»

C’est donc avec beaucoup de confiance que Kevin Parent s’est présenté sur le plateau de Café de flore, son premier film en carrière. Et sa performance s’est avérée à la hauteur des attentes de Jean-Marc Vallée.

«Kevin nous avait blowés en audition, raconte ce dernier. Il est doué d’une sensibilité extrême. Il a la pupille brillante. Ça montre bien que le jeu au cinéma n’appartient pas seulement aux acteurs de formation, mais à tous ceux qui sont capables de vivre des émotions devant le kodak.»

Et des émotions, les comé­diens de Café de flore en ont ressenti durant l’aventure. Vanessa Paradis dit avoir été bouleversée par le scénario de Vallée. «Ce qui ne me plaît pas, c’est quand on prend les gens pour des débiles et qu’on leur dit où et quand pleurer en sortant les violons. Jean-Marc Vallée fait preuve d’une plus grande subtilité, mais il parvient quand même à vous toucher droit au cœur.»


L’arme secrète

Jean-Marc Vallée a de nouveau fait appel à son fils pour Café de flore. «C’est mon arme secrète», dit le cinéaste.

Sept ans après avoir été de la distribution de C.R.A.Z.Y. (dans le rôle du jeune Zac, person­nage joué par Marc-André Grondin à l’adolescence), Émile Vallée répète l’expérience, mais cette fois, pour le compte de Kevin Parent. «Il ne voulait pas le faire, révèle Jean-Marc Vallée. Je n’ai trouvé personne en audition. Je cher­chais un jeune avec un côté rock star. Je suis retourné le voir: « Viens m’aider, man, j’ai besoin de toi. Il n’y en a pas d’autre! » C’est finale­ment ma mère qui l’a convaincu. Elle était mourante pendant le tournage et elle lui a dit: « Va aider ton père. Fais-le pour moi. »»

Café de flore
En salle dès le 23 septembre

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