Même si «le temps d’une dinde» est derrière nous, Normand Chouinard se fait plaisir, nous fait plaisir, et met en scène Le Dindon. C’est avec une «belle excitation» que Normand Chouinard attend la première de «son» Dindon au TNM. Pour cette pièce, qui selon lui est «une des meilleures de Georges Feydeau», le metteur en scène retrouve son grand, très grand ami Rémy Girard ainsi qu’une belle brochette d’acteurs (Carl Béchard, Violette Chauveau, Véronique Le Flaguais). Métro s’est entretenu avec ce maître ès Feydeau (ou dit-on «Feyd-o-maître?»).
Pourquoi cette pièce fait-elle partie de vos coups de cœur dans le répertoire de ce roi du vaudeville?
En raison de la peinture qu’il a faite des mœurs bourgeoises de son époque, qui n’est pas tellement étrangère à une peinture qu’on pourrait faire des mêmes bourgeois aujourd’hui. Feydeau, c’était un fin observateur. Il allait dans des cafés, à des premières de théâtre, dans des salons, il restait un peu à l’écart et il prenait des notes sur ce qu’il voyait. Il était très intelligent et capable de réparties foudroyantes, qu’il a largement gardées pour ses personnages. C’est le plus beau don qu’un auteur puisse faire à son œuvre : se taire dans la vie et parler sur scène! Il a écrit des choses intéressantes et désopilantes. Des choses qui font en sorte – et c’est ce qui est étonnant – que les gens s’esclaffent encore, plus de 100 ans plus tard. Feydeau, c’était un des pères de la comédie telle qu’on la joue aujourd’hui.
Diriez-vous que vous êtes, en quelque sorte, un de ses enfants?
Je crois que nous sommes tous un peu les héritiers de plusieurs personnes. On hérite de tout ce qui est venu avant nous et on essaye de bien le digérer pour le remettre aux gens de notre époque. Cela dit, j’aimerais bien faire partie de ses descendants, mais je n’ai pas ce plaisir! Par contre, Feydeau a un petit-fils comédien, qui joue à la Comédie française et qui s’appelle Alain. Je peux d’ailleurs dire que j’ai eu le plaisir de voir Feydeau [Alain] jouer dans du Feydeau [Georges]… Eh oui! C’est assez agréable, hein? (rires) Si vous voulez vous amuser, vous allez sur l’internet, vous tapez son nom et «Comédie française», et vous allez le voir. Il a même joué Le Dindon.
C’est drôle quand on y pense, Feydeau sur YouTube…!
C’est pas mal, hein? (rires) Heureusement pour nous, ses pièces ont continué d’être montées! C’est ça aussi, la grande force de cet auteur : il y a deux de ses pièces – Le Dindon, particulièrement, et La dame de chez Maxim – qui sont jouées dans le monde entier, dans je ne sais pas combien de langues, de façon un peu continue, sans que ça s’arrête. Il y a toujours quelqu’un qui monte un Feydeau quelque part, ça c’est sûr.
Vous-même, vous avez joué dans Le Dindon en 1979 sous la direction d’André Brassard. Faites-vous un clin d’œil à cette mise en scène dans la vôtre?
Je ne penserais pas. Je n’en ai pas un souvenir très fidèle, même si je me rappelle quand même pas mal d’éléments. Je pense qu’André a sa façon d’aborder les choses, et moi, j’ai la mienne. Reste que j’avais adoré travailler dans cette production-là. Ç’avait été très agréable.
Pour ce projet, vous retrouvez bien sûr votre complice de toujours…
Oui, Rémy Girard, absolument! Avec un bonheur toujours renouvelé. Vous savez, cette année, je vais fêter un cinquantième anniversaire d’amitié avec Rémy. On s’est connus en 1962, et je ne compte plus les projets qu’on a faits ensemble! On a tout fait : des chansons, des pièces, de la danse, de la musique, le Conservatoire… J’ai aussi monté des pièces dans lesquelles il jouait, lui a monté des pièces dans lesquelles je jouais. C’est un grand ami.
On retrouve dans cette pièce la célèbre réplique «Ciel, mon mari!»
Je ne suis pas sûr si, avec les coupures que j’ai faites, on dit encore «Ciel, mon mari»… Je pense que le personnage de Maggy dit seulement (avec un accent anglais) «Mon mari!»
Ça donnerait donc «Sky, mon mari»?
Oui, ça doit être ça! (Rires)
Le Dindon
Au Théâtre du Nouveau Monde
Du 17 janvier au 11 février