Culture

Les neiges du Kilimandjaro: prolétaires, unissez-vous!

Jessica Émond-Ferrat - Métro

Pour le cinéaste marseillais Robert Guédi­­guian, le cinéma – comme toutes les formes d’art – présente toujours un type d’engagement social. «Toute représentation artistique du monde est un produit historique fabriqué dans certaines conditions qui font partie de l’œuvre, dit-il. Et je crois que ceux qui prétendent qu’il existe du divertissement innocent, pur, neutre, sans point de vue sur le monde, sont soit des crétins, soit des menteurs!»

Dans le cas de son plus récent film, Les neiges du Kilimandjaro, le réalisateur espère réussir à provoquer une véritable réaction chez le public. «J’aimerais que les spectateurs en parlent entre eux après, décident ce qu’ils auraient fait; c’est toujours le rêve, dit-il. Mais j’aimerais surtout qu’ils se disent : « Tous ces gens qu’on vient de voir, il est grand temps qu’ils se réconcilient contre leur ennemi commun – le pouvoir des banques, le capitalisme, les élites… »»

Inspiré d’un poème de Victor Hugo, Les pauvres gens, Les neiges du Kilimandjaro tourne autour d’un couple de quinquagénaires, Michel et Marie-Claire (Jean-Pierre Darroussin et Ariane Ascaride), qui vivent heureux même si Jean-Pierre a perdu son travail. Mais après que leurs amis et leur famille leur ont offert en cadeau un voyage en Tanzanie, Jean-Pierre et Marie-Claire sont cambriolés et brutalisés par deux jeunes gens, dont ils apprendront plus tard que l’un d’eux avait été licencié avec Michel.

«Tous mes personnages ont leur raison d’agir com­me ils le font, croit Robert Guédiguian. Le film ne les juge pas, mais essaie de les comprendre.»

Jean-Pierre Darroussin, quant à lui, croit que le film pose une question essentielle : «Il nous fait nous demander comment on est arrivés dans un monde où les valeurs principales sont la concurrence et la réussite, et où on fus­tige ceux qui échouent comme s’ils n’étaient pas bons et n’avaient pas de valeur, dit-il. Et on peut mesurer que le deuil d’une société qui serait meilleure n’est pas fait.»

Pour les besoins de ce tournage, Guédiguian est retourné à Marseille avec ses acteurs fétiches – Darroussin et Ascaride en tête. «De temps en temps, je re­tourne à Marseille, dans le quartier où je suis né, pour faire le point, explique-t-il. Si je veux savoir comment va le monde, je vais faire un film chez moi. Je mesure comment le monde et comment mon cinéma se porte.»

«C’est pareil pour nous, les comédiens; on comprend mieux notre métier quand on a des points de repère, croit Jean-Pierre Darroussin. On accepte mieux une certai­ne simplicité, on est francs les uns avec les autres, et c’est ce qu’on cherche quand on est ac­teur, d’arriver à un rapport très simple.»

Les neiges du Kilimandjaro
En salle dès vendredi

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