Pierre Robitaille est formel : le Cabaret Gainsbourg n’est ni un hommage ni une biographie. Le codirecteur artistique et marionnettiste de la compagnie Pupulus Mordicus explique que l’idée de réaliser un spectacle de marionnettes autour de Serge Gainsbourg remonte aux débuts de la compagnie, en 2002.
«Martin Genest [le codirecteur artistique et metteur en scène du spectacle] et moi délirions un peu et avions lancé cette idée, explique-t-il. Mais à cette époque, j’avais une connaissance plutôt limitée du personnage. Puis, Martin est tombé amoureux de la compilation de Gainsbourg Du jazz dans le ravin. On s’est principalement intéressés à cette période de son art, de 1957 à 1969.»
De 2007 à 2009, les compères ont donc monté peu à peu ce qui deviendra le Cabaret Gainsbourg… et ce, à peu près en même temps que le film Gainsbourg : vie héroïque et le foisonnement d’hommages à l’homme à la tête de chou. «Ce n’était pas voulu, mais c’est un peu normal que ce genre de choses arrive, croit Pierre Robitaille. On a tous accès aux mêmes informations, et on est donc appelés à faire des liens similaires.»
Mais la comparaison avec les autres œuvres s’arrête au sujet, puisque le Cabaret Gainsbourg, de l’avis de ses créateurs, est particulièrement inusité. «C’est vraiment axé sur la musique, et chaque chanson a sa petite histoire, explique Robitaille. Un petit numéro théâtral, un texte que les marionnettes illustrent, ou parfois des numéros poétiques.»
L’équipe est même allée jusqu’à imaginer un slam – signé Anne-Marie Olivier – «à la manière de». «Gainsbourg a touché à tous les genres : le rock, le jazz, le reggae… on s’est demandé : « Et s’il vivait encore, qu’aurait-il fait? » « Du slam! » On a voulu recréer son style, sa façon de manipuler les mots, sa sensualité… on souhaitait mettre en lumière cet aspect créatif d’un chanteur dont on ne se souvient généralement que pour son irrévérence, que pour le « Gainsbarre » de la fin de sa vie.»
Cette irrévérence, néanmoins, est bien présente dans le spectacle, lequel n’est pas conçu pour les petits, même s’il a souvent été décrit comme «provoquant l’émerveillement».
À ce sujet, Pierre Robitaille tient à remettre les pendules à l’heure : «La marionnette a été associée exclusivement au monde de l’enfance, mais ce n’est pas forcément le cas, dit-il. Et rien ne m’énerve plus que d’entendre quelqu’un dire que le Cabaret Gainsbourg a « réveillé son cœur d’enfant ». L’émerveillement n’est pas la chasse gardée de l’enfance. C’est une faculté qu’on a tous. Et croyez-moi, voir deux marionnettes qui baisent, ce n’est pas la candeur de l’enfance qui fait qu’on trouve ça drôle!»
Cabaret Gainsbourg
À la cinquième salle de la Place des arts
Du 1er au 10 décembre