Culture

La grande invasion: développer, mais à quel prix?

Le développement se porte-t-il bien au Québec? Le cinéaste Martin Frigon s’est penché sur cette ques­tion pendant les quatre années où il a travaillé sur le documentaire La grande invasion. Rencontre sur fond d’engagement social.

La question du mal-développement est au cœur de vos films, mais principalement de celui-ci, où vous montrez à quel point cela détruit la beauté des paysages…

Il y a une certaine indignation contre ce développement tous azimuts de l’immobilier que l’on voit un peu partout au Québec. Le développement des maisons en série qui se répètent à l’infini et qui sont accompagnées de power center à grande surface. Le syndrome de la banlieue et ce qu’on appelle aussi l’urbain diffus.


La multiplication de ces parcs industriels a un effet néfaste sur les populations environnantes…

Le surdéveloppement, c’est un boom immobilier. Donc, ça fait exploser les valeurs foncières et, par ricochet, les taxes qui suivent. Et les gens qui sont là depuis longtemps ne sont plus capables de suivre. C’est une taxe extrêmement régressive. La taxe foncière va chercher l’argent dans la poche des pauvres et elle la transfère aux riches. Elle fait exactement le contraire de l’impôt sur le revenu.

Vous vous intéressez également à l’artiste René Derouin, qui a installé une fresque sur le Metro
de son ami Jacques Dufresne à Val-David…

Les gens du Metro à Montréal lui disaient de déménager sur le bord de l’autoroute et de se joindre aux Walmart de ce monde. Lui, il refusait, parce que s’exiler sur le bord de l’autoroute, ça voulait dire entraîner la dévitalisation de son village. Je trouvais que c’était intéressant, parce que c’est une réponse culturelle à une fatalité économique.


Votre documentaire montre des citoyens qui s’organisent. Sentez-vous un retour du balancier en faveur d’un certain sentiment de communauté?

Oui, tout à fait. Ça nous indique les limites du système néolibéral. Le capitalisme nous révèle son impossibilité à ménager un lieu habitable pour l’Homme. Il nous rappelle aussi l’importance de remettre la culture et les arts au cœur du développement. Si on ne fait pas ça, on se titre dans le pied. Ultimement, le capitalisme, c’est la destruction des villes, des cités, du tissu social. Je pense que les gens sont en train de s’en rendre compte. Je ne suis pas contre le capitalisme a priori. Mais là, il y a une limite, ils sont en train de frapper leur mur. Et les étudiants le prouvent en allant dans la rue…

À propos de… Martin Frigon
«Je suis originaire de la Gaspésie du bord de ma mère. Mon premier film, Mourir au large, portait sur l’effondrement du stock de poissons dans la Rivière-au-Renard. Après, j’ai fait Make Money, Salut bonsoir!, qui portait sur la fermeture de la Noranda à Murdochville. Ce film-là m’a conduit au Chili pour Mirages d’un Eldorado… Dans mon travail, il y a toujours eu un questionnement sur les régions dites ressources.»

La grande évasion
Au Cinéma du Parc
Jusqu’au 5 avril

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