HBO n’en est pas à sa première série à grand déploiement d’une qualité largement supérieure de celle de la moyenne des ours dans nos télés. C’est un peu, depuis plusieurs années déjà, la marque de commerce du réseau câblé américain.
True Detective, la nouveauté marquante de l’hiver, poursuit dans l’héritage du réseau responsable des Sopranos il y a quinze ans déjà ce mois-ci.
Avec Woody Harrelson et Matthew McConaughey dans les rôles-titres, True Detective se déploie lentement, très lentement, comme un très long film devant nos yeux. Les deux vétérans du grand écran sont tout simplement imposants sous la plume du nouveau venu en télé Nic Pizzolatto.
Contrairement à Vince Gilligan (l’auteur de Breaking Bad), Nic Pizzolatto n’a pas peaufiné son art durant des années en travaillant dans l’ombre sur d’autres séries. Le romancier, professeur et scénariste en est à sa première participation active à la télévision et HBO lui a remis les clés de son propre véhicule, lui qui est d’ailleurs le seul auteur de la série et la tête pensante derrière toutes les décisions narratives.
Bref, c’est son bébé et il pourrait vite devenir le nouveau chouchou de la télé américaine.
La saison est encore très jeune, avec un deuxième épisode présenté hier soir, mais l’engouement est bien installé.
Une facture très cinématographique, un ton sombre et envoûtant, du dialogue, beaucoup de dialogues, et un déploiement au compte-gouttes. De quoi nous scotcher à notre siège chaque semaine.
Quand j’entends des artisans québécois comme Réjean Tremblay nous parler de la télévision et de sa portée avec une condescendance sans limites, j’ai envie de présenter une série comme True Detective en guise de preuve que la télévision n’est pas un médium de second ordre, mais plutôt la voix dominante du paysage culturel nord-américain contemporain.
Le cinéma n’a plus le monopole de la qualité et des artisans talentueux depuis plusieurs années déjà. Le virage est complété et les réseaux le comprennent de plus en plus. N’en déplaise à quelques vieux meubles qui s’accrochent à une façon de faire archaïque basée sur des valeurs ridicules sous-entendant que la télévision n’est pas une forme de divertissement intellectuellement louable ni un médium digne de nuances ou encore un produit faisant appel au discernement de son auditoire.
True Detective possède ses défauts et ne rejoindra pas tout le monde, forcément, mais la télé n’a plus à être rassembleuse, beige ou racoleuse.
Série Noire l’a compris à sa façon, aussi, avec son offre singulière, masculine et très typée. Ironie du sort, elle est positionnée directement contre le véhicule poussiéreux de TVA que l’on espère voir s’essouffler en même temps que les mentalités désuètes derrière sa création.
Ceci étant dit, la télévision n’est plus émergente, elle est pleinement épanouie. HBO nous offre, avec True Detective, le produit d’une adolescence rebelle à tirer dans tous les sens afin de s’émanciper de l’ombre très pesante de l’omnipotent cinéma et des décors en papiers mâchés de la télé fondatrice.
La télévision représente le présent et l’avenir, non plus le purgatoire d’antan des acteurs de cinéma sans travail.
True Detective, un rendez-vous hivernal que je vous suggère fortement.
BONUS: Une scène du film Bamboozled (2000), un de mes «Spike Lee Joint» favoris. Une satire résumant l’état archaïque de la mentalité télévisuelle et de certains artisans.
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