Culture

La messe du dimanche soir

Pour la plupart des travailleurs, le dimanche représente l’apogée du déni avant le recommencement de la semaine de travail. La dernière fuite avant la routine. Le refuge des électrons libres.

L’évasion se véhicule très souvent par l’entremise d’un téléviseur, tendance qui ne passe pas inaperçue aux yeux des bonzes de la télévision qui meublent la programmation avec leurs plus gros canons en soirée, le dimanche. Les rendez-vous dominicaux, moins religieux, sont demeurés le point de rencontre d’une communauté qui échange, partage et se rassemble.

La messe est toujours le dimanche, sauf que Twitter et Facebook sont désormais nos églises.

Hier soir, c’était la première collision de l’année entre La Voix et Tout le monde en parle. Les deux mastodontes de notre télévision se partagent un même espace-temps et l’auditoire, souvent déchiré, ne sait plus où donner de la tête. Ajoutez-y un évènement annuel comme les Grammy et le chaos s’installe sans trop se faire prier.

Le temple rassembleur se divise en plusieurs groupuscules.

— As-tu vu? Éric Lapointe a brisé son bouton?
— Non, mais regarde Martin Matte a traité Jean Pascal de moumoune.
— Pour vrai? J’sais pas, je regardais le chapeau de Pharrell et je trouvais ça triste le lip synch de Beyonce.

Du bruit, beaucoup de bruit. Une cacophonie d’opinions, d’impressions, d’états d’âme, et ce, dans toutes les directions. Du dialogue de sourds dans un porte-voix gigantesque.

Twitter, le dimanche soir, est une zone sinistrée pour les gens qui choisissent de ne pas visionner ces émissions rassembleuses. Oubliez la source d’information accessible en un clic et le dialogue ouvert avec vos abonnés. Le bruit couvre tout, le dimanche, il monopolise l’attention.

Preuves à l’appui, la saga judiciaire au domicile de Jean Pascal est presque tombée dans l’oubli quand Madonna a dépoussiéré son habit de cowgirl.

Est-ce là le syndrome d’un mal plus grand que la simple grogne du dimanche soir? Pas que le spectacle ne soit pas divertissant, à distance, mais je me demande jusqu’où l’exercice peut aller avant de complètement dérailler. Il y a cinq ans, les réseaux sociaux n’existaient à peu près pas. La télé était tout aussi rassembleuse, mais nous n’avions pas l’effet pervers d’avoir l’impression de se la faire enfoncer de force au fond de la gorge.

Un gavage, ni plus ni moins.

Vous savez ce qui arrive avec le gavage? On finit par éclater. Le gaveur (les diffuseurs) réussit à extraire son foie gras et il se régale, ou s’enrichit, aux dépens de la carcasse qu’il laisse derrière.

Un pensez-y-bien pour dimanche prochain.

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BONUS: Ils ont discrètement filmé mon fil Twitter hier. Un court extrait d’une longue tirade de deux heures.

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