La plume de Réjean Tremblay dominera vraisemblablement les lundis soir jusqu’à la fin du printemps. C’est triste, mais c’est comme ça. On peut toutefois se tourner vers une alternative plus relevée qui ne fait pas assez de vagues à mon goût: Série Noire.
L’auditoire n’est pas forcément au rendez-vous pour le défi osé d’ICI Radio-Canada Télé (autour de 450 000 téléspectateurs), mais on ne peut certainement pas parler d’un coup raté pour les auteurs des Invincibles.
C’est peut-être naïf de le croire, mais il y a de la place pour une télévision intelligente et nuancée sur nos ondes. Podz s’y est fait une niche drôlement confortable et la paire formée de Jean-François Rivard et François Létourneau suit pas trop loin derrière.
Moins juvénile que Les Invincibles, Série Noire prend du rythme après trois épisodes et on parle sans se tromper d’un univers fascinant dépeint via les déboires de Létourneau et Vincent-Guillaume Otis dans les rôles-titres. Moins juvénile, mais pas plus adulte pour autant. Les auteurs fictifs sont deux cas d’immaturité probante et la présence de la mère d’un des deux lors de l’épisode de cette semaine nous le rappelle bien. Les deux «p’tit gars» ont besoin de se faire chauffer les oreilles un peu, mais en attendant, ils s’enlignent solidement vers le fond du baril.
Et c’est tant mieux.
On embarque très rapidement dans cette spirale qui tire vers le bas. Le scénario de Rivard et Létourneau est toujours franc, même si parfois maladroit, et le plaisir est au rendez-vous. Tant au niveau du visionnement des situations que du jeu des acteurs, le plaisir est contagieux.
Les personnages secondaires sont forts et, à petites doses, ils ponctuent la descente aux enfers de nos deux adulescents et la guide en même temps.
On pourrait reprocher à la série d’être très (trop) masculine, sauf que les femmes de la série font du sens. Elles n’existent que par le regard des deux protagonistes qui sont, eux, fondamentalement nombrilistes. Ils ne perçoivent donc que les gros traits de leur entourage, ne captant pas au passage les besoins et la détresse de celui-ci.
Si les femmes de Série Noire sont unidimensionnelles, c’est parce que les hommes qui tirent le véhicule narratif sont bêtement simplets.
Je ne sais pas pour vous, mais mon rendez-vous du lundi soir est établi pour le reste de la saison. De toute façon, la saga Twilight m’avait déjà pas mal enlevé l’envie de suivre les frasques décalées de jeunes loups (garous) sexués.
