Pour son premier film, Rupert Sanders s’est vu remettre les clés d’un conte de fées de 175 M$. Une version de l’histoire de Blanche-Neige bien différente, qui est peut-être la dernière mouture
du classique avant longtemps.
Au moment où il préparait Snow White and the Huntsman (Blanche-Neige et le chasseur), le réalisateur britannique Rupert Sanders s’était promis d’éviter de regarder le dessin animé classique de Walt Disney. «Il y a des lustres que j’ai vu le Blanche-Neige de Disney, dit-il. Je ne voulais pas le revoir, de peur d’être contaminé. J’ai regardé d’autres films, comme Macbeth, de Roman Polanski. J’ai vu Kingdom of Heaven. Je crois que j’ai essayé d’éviter de faire un gros conte de fées commercial, mais je voulais faire un conte médiéval de la trempe de Lawrence of Arabia, et c’est exactement ce que le film est, à mon avis.»
Le studio Universal Pictures, qui a pris le risque de confier la réalisation d’un film fantastique de 175 M$ à un réalisateur débutant, espère de son côté un conte de fées rentable. Universal est un partenaire incroyable, insiste Rupert Sanders. Ils ont tendu un chèque impressionnant à un novice, un Européen, pour faire ce film. Ils ont fait preuve de beaucoup de confiance.»
Bien sûr, une partie de cette confiance est attribuable au fait que «Blanche-Neige» se retrouve dans le titre : une franchise qui continue d’être très populaire. Au fait, qu’est-ce qui, dans ce conte classique, captive toujours autant le public et les directions de studios?
«C’est le meilleur conte de fées, répond Rupert Sanders. Vraiment. Je n’aime pas quand il y a trop de princesses. L’histoire de Blanche-Neige parle de la condition humaine, de la jalousie, de l’apparence. D’une certaine façon, je crois que cette histoire est plus pertinente aujourd’hui qu’autrefois. L’image est tellement devenue une obsession. J’espère que ce conte aura l’impact que les contes de fées avaient sur le public des années 1400. J’espère qu’il sera porteur de la même leçon de vie pour la jeune génération. Blanche-Neige nous enseigne beaucoup au sujet de la manière de composer avec la condition humaine et avec la mort.»
Et après? Quels sont les projets de Sanders? «J’ai tourné la page des contes de fées, dit-il en riant. J’aimerais faire quelque chose de contemporain. Ou encore de la science-fiction : c’est le genre que je préfère, qui permet de faire un film sociopolitique sans que ce soit trop appuyé. On peut plus facilement plaquer une loupe grossissante sur le monde d’aujourd’hui, si l’histoire se déroule dans 100 ans.»
Si Snow White and the Huntsman est un succès, la page ne sera peut-être pas aussi définitivement tournée sur les contes de fées. «Qui sait? Je crois qu’il me sera difficile de ne pas regarder en arrière, si le monde de Blanche-Neige me fait signe à nouveau, admet le réalisateur. Il y aura peut-être un désir, de la part du public, de revoir ces personnages. Je crois que ce sera le cas. Ce sont des personnages merveilleux et bien joués.» Mais il y a au moins un obstacle à une éventuelle suite: «Quelques personnes meurent, alors j’aurai à les remplacer», conclut-il.
Disney met le frein
Snow White and the Huntsman est la deuxième refonte du conte classique cette année, après Mirror, Mirror. Ce pourrait être la dernière pour un long moment.
Walt Disney a fait stopper la préproduction de The Order of the Seven, une autre mouture du conte de fées, selon le Hollywood Reporter. Saoirse Ronan (Hannah), devait incarner une expatriée britannique à Hong Kong, au XIXe siècle, qui fait appel à des guerriers d’un ordre ancien dédié à combattre les démons et les dragons, pour la protéger de sa belle-mère.
La décision est peut-être davantage motivée par le récent flop du studio Disney avec John Carter qu’avec l’inquiétude de voir le public saturé se détourner d’un autre Blanche-Neige revisité.
En quoi cette version de Blanche-Neige est différente?
Le temps des demoiselles en détresse est définitivement révolu. Le public a déjà vu Blanche-Neige prendre les armes, avec Lily Collins qui affrontait son prince charmant, dans Mirror, Mirror,
cet hiver. Dans Snow White and the Huntsman, la princesse, jouée par Kristen Stewart, qui brillait dans Twillight, va à la guerre.
Mais ce qui met vraiment le film de Sanders dans une catégorie à part, hormis les images sombres et la violence brutale, est sa vision du thème de la beauté et de l’obsession qu’elle suscite chez les femmes. Même dans la version des frères Grimm, la reine est menacée par la beauté de Blanche-Neige.
Rupert Sanders va plus loin. La reine Ravenna, jouée par Charlize Therons, reste jeune en «vampirisant» les femmes plus jeunes. Elle espère guérir définitivement de la vieillesse en consommant le cœur de sa belle-fille. Avec ses effets visuels imaginatifs et cauchemardesques, ses batailles épiques et ses paysages impressionnants, Snow White and the Huntsman est de loin la version de Blanche-Neige la plus ambitieuse à ce jour.
Snow White and the Huntsman
En salle dès vendredi
