Culture

Critique: Un Fendre les lacs bergmanien

Un fantôme plane sur la pièce Fendre les lacs, du dramaturge Steve Gagnon, héritier spirituel de Germaine Guèvremont.

Celui d’un mal diffus, d’un Québec sans pays, des régions éloignées.

Il se manifeste par un père qui vient de rendre l’âme, un retour au trépas qui bouleverse sa famille dysfonctionnelle. Rongé par une mystérieuse forêt de nature morte où le passé est encore bien présent, noyé dans un lac asservissant, huit êtres
se déchirent.

En mal de rêves, les êtres sont pris par l’ennui qui ravage des couples au bord de la crise de nerfs. L’aliénation les mène vers le gouffre comme chez Rainer Werner Fassbinder, et si les femmes exubérantes s’en sortent mieux que les hommes taciturnes, la métamorphose en bêtes sauvages n’est jamais très loin.

Un désarroi qui est porté par un texte ciselé, quoique parfois ampoulé, où la poésie mélancolique rencontre le réel implacable, et où l’onirisme finit par dissoudre le cadre traditionnel théâtral.

Les excellents interprètes, dont Pierre-Luc Brillant et Karyne Gonthier-Hyndman, se livrent à fond à cet exercice parfois agressant et souvent fascinant, dont les plus grands moments d’émotion ont été conservés pour la fin. Les abus verbaux de ces personnages névrosés semblent tout droit sortis d’un film de Woody Allen et leur détresse évoque Tchékhov ou Bergman en mode mineur.

Fendre les lacs
Jusqu’au 26 mars
Aux Écuries

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