Formation et emplois

Étudier ou décrocher?

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Vous êtes las d’entendre parler de la pénurie de main-d’œuvre? Vous ne devriez pas: c’est un phénomène qui concerne l’avenir des jeunes de notre société.

D’une part, les employeurs doivent maintenant user de créativité pour attirer les candidats et réussir à les embaucher.

Les travailleurs ont donc plus de choix, et les offres peuvent être des plus alléchantes.

D’autre part, lorsqu’on creuse un peu le phénomène, on constate les risques et les effets possibles sur les jeunes, plus précisément en ce qui concerne les étudiants. 

Le 23 septembre 2019, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, lançait son Plan d’action pour la main-d’œuvre (PAMO). Une des mesures de ce plan a particulièrement attiré mon attention: le «Chantier des compétences».

Elle vise à informer les jeunes et les personnes sans emploi des secteurs d’avenir, tels que les technologies de l’information, la santé, la gestion, les finances et l’administration afin de les encourager à s’y orienter.

Plan super pour quelqu’un qui possède le profil, les intérêts et les aptitudes pour ces domaines d’emploi!

Cependant, les risques de faire fausse route sont grands si on ne prend pas d’abord le temps d’évaluer le profil de ces jeunes pour vérifier s’il correspond à celui recherché pour ces emplois.

L’attrait d’un salaire hyper compétitif risque de détourner les jeunes d’un plan de carrière qui les comblerait peut-être de façon plus durable.

Y seront-ils heureux et pourront-ils s’y réaliser pleinement? Ont-ils le potentiel pour se diriger vers ces domaines? Auront-ils accès aux services nécessaires pour les accompagner dans leurs études, leur insertion sur le marché du travail puis leur maintien en emploi? Ou cherchons-nous simplement à occuper des postes non comblés? Sans une adéquation individu-travail, comment la motivation et l’intérêt de ces jeunes seront-ils maintenus à long terme? La satisfaction envers ces choix de carrière sera-t-elle durable?

L’attrait des emplois payants

En septembre, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et le Réseau réussite Montréal ont publié les résultats d’une recherche portant sur la conciliation études-travail qui révèle, entre autres, que la pénurie de main-d’œuvre a tendance à générer des emplois si attrayants qu’ils contribuent au risque de décrochage scolaire.

Allons-nous créer un problème en tentant d’en régler un autre? 

Certes, pour certains emplois à combler, aucun diplôme n’est nécessaire. Cela peut très bien convenir à plusieurs jeunes qui n’ont pas l’intérêt ou la capacité de poursuivre des études. Pour ceux-ci, le marché du travail peut s’avérer un lieu plus indiqué que l’école pour apprendre, s’épanouir et déployer leur potentiel.

Toutefois, qu’en est-il des jeunes qui décideraient de quitter l’école alors qu’ils ont le potentiel et les aspirations pour des emplois nécessitant un diplôme?

La recherche mentionnée ci-dessus démontre que, d’ici 2026, le nombre d’emplois qualifiés augmentera de manière significative, au détriment des emplois semi-qualifiés ou non qualifiés, notamment en raison de l’automatisation.

Si de nombreux jeunes décrochent pour obtenir rapidement un emploi et un salaire attrayants, comment pourront-ils être préparés à faire face aux exigences du marché du travail de demain?

Occuper un emploi pendant les études n’est pas le problème. Au contraire, cela permet de vivre des expériences en dehors du monde scolaire et de se familiariser avec le marché du travail.

Il nous faut plutôt mettre en place de réelles mesures de conciliation études-travail et de soutien à la réussite éducative des jeunes. Il s’agit d’une responsabilité collective, qui interpelle plusieurs acteurs sociaux. 


Josée Landry, c.o., est présidente de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation du Québec.

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