Monsieur le maire, malgré un programme nébuleux, vous avez réussi à convaincre suffisamment de Montréalais que vous étiez l’homme de la situation pour notre ville. Voyons maintenant ce que vous avez dans le ventre.
Vous avez martelé tout au long de la campagne que vous étiez un homme d’action, de leadership, et que vos connaissances de la scène fédérale allaient devenir un grand atout pour notre métropole. C’est le moment de vous tester, M. Coderre, et d’affronter vos anciens collègues d’Ottawa sur la question du pont Champlain. Et il faudra faire vite, puisque le temps semble compté dans ce dossier.
Le ministre de l’Infrastructure et des Affaires intergouvernementales, Denis Lebel, annonçait le 2 octobre dernier que l’échéance de livraison du nouveau pont devait être largement devancée. La raison évoquée : une dégradation accélérée de la structure actuelle.
Mais comment doit-on interpréter cette annonce? Est-ce une entourloupette afin d’éviter la tenue d’un concours d’architecture et d’ingénierie pour la conception de notre futur pont? Chose certaine, la Ville de Montréal a senti le besoin de réitérer par voie de communiqué, la semaine dernière, l’importance de concevoir une infrastructure à la hauteur de notre statut de ville UNESCO de design. Une action amplement justifiée, considérant que ce pont pourrait générer des millions de dollars annuellement en retombées touristiques, tout comme le fait le Viaduc de Millau en France ou le Golden Gate de San Francisco.
Je vous rappelle, Monsieur le maire, que vous vous êtes engagé en campagne électorale à exiger du fédéral un tel concours international. Vous avez même affirmé que c’était «incontournable pour contribuer à la signature de Montréal». C’est donc le moment où jamais d’inscrire le tout sur la liste des priorités des 100 premiers jours de votre mandat, et de réserver votre chauffeur pour Ottawa avant qu’il ne soit trop tard.
Et parlant de rayonnement international, vous avez mentionné à maintes reprises vouloir profiter du 375e anniversaire de notre ville pour aller de l’avant avec des projets structurants, qui mettraient notamment en valeur le talent de nos designers et architectes québécois. Mais avant de se lancer dans d’autres grands chantiers, qu’en est-il des projets déjà entamés, comme le Quartier des spectacles, qui semble faire du surplace depuis un certain temps par manque de leadership?
Tout ce qu’on peut lire sur votre site web concernant ce legs majeur de votre prédécesseur, Gérald Tremblay, est que vous souhaitez «assurer son plein développement». Mais encore? Vous êtes resté bien discret sur votre propre vision pour mener à bon port le redéveloppement ce secteur empreint d’histoire et de richesses patrimoniales.
La Place des festivals a beau être en action 365 jours par année, on constate, à peine deux coins de rue plus loin, une prolifération affolante de graffitis, d’enseignes commerciales brisées et un manque flagrant d’entretien du domaine public. Sans oublier que la seconde phase de ce pôle culturel, le Quartier latin, fait l’objet d’une réflexion depuis plusieurs mois pour tenter de redynamiser le secteur, mais aucune décision n’a réellement été prise dans ce dossier. Tout est encore à faire. Quel avenir réservez-vous au Quartier latin, M. Coderre?