Placeriez-vous une pointe de pizza ou un morceau de gâteau au chocolat devant une personne faisant de l’embonpoint sans vous imaginer qu’elle serait tentée de les manger? Présenteriez-vous une ligne de cocaïne et un billet de vingt bien roulé à un toxicomane sans vous imaginer qu’il succomberait à la tentation? Alors, pourquoi sommes-nous surpris qu’il y ait autant de personnes aux prises avec des problèmes de jeu?
L’histoire de Richard
Richard était une bonne personne. Dès qu’on le rencontrait, on se rendait compte qu’il était un être compréhensif et rempli de compassion. Il était un chef cuisinier habile et possédait un service de traiteur très lucratif. Il détenait également d’autres talents comme celui d’avoir une voix de chanteur aussi puissante que celle de Pavarotti. Tout le monde aimait Richard.
Puis les appareils de loterie vidéo sont arrivés. Les problèmes ne sont pas apparus au grand jour immédiatement. Un petit emprunt ici et là afin de l’aider à payer un nouvel équipement, quelques petits problèmes de reçus perdus, etc. Bientôt, certains ont commencé à poser des questions. Des centaines de milliers de dollars ont disparu, en majeure partie de l’argent appartenant à des proches et des membres de la famille qui l’aimait et lui faisait confiance. Il a coupé tellement de ponts que, finalement, il a perdu sa femme, ses trois enfants et ensuite tous ceux qui comptaient pour lui. Tout le monde déteste Richard.
La vache à lait
Après avoir traité le jeu comme un crime pendant si longtemps, les autorités dépendent maintenant fortement de cette vache à lait, qui constitue une source importante de revenu (n’est-ce pas exactement ce que faisaient les Corleone dans le film Le Parrain?). Les problèmes sociaux ainsi créés sont évidents.
Loto-Québec a récemment échoué dans ses efforts pour empêcher la publication des rapports sur les suicides se produisant sur les terrains du casino. Mais avions-nous vraiment besoin de connaître ces histoires pour savoir que le jeu ruine des vies? L’important ce n’est pas le nombre exact de suicides causés par le jeu. Un seul suicide, c’est déjà trop. Les coûts sociaux additionnels sont également trop souvent tenus sous silence : les familles détruites, les dépressions, les épargnes de toute une vie envolées. L’histoire de Richard n’est qu’un grain sable dans un portrait statistique global.
À qui la faute?
Nous sommes tous libres d’agir à notre guise et nous pourrions être tentés de dire que les personnes ayant une dépendance au jeu n’ont qu’elles-mêmes à blâmer. Cependant, notre comportement n’est pas dicté seulement par nos désirs intérieurs, mais également par la présence de stimulus dans notre environnement. Loto-Québec a fait en sorte que nous ne pouvons pas mettre les pieds dans un dépanneur sans être bombardés de toute part par des messages laissant planer l’idée d’une richesse soudaine et la promesse d’une meilleure vie.
Tant pis si quelques-uns d’entre nous développent des problèmes de jeu par la suite et que quelques vies sont détruites! Nos gouvernements dépenseront alors un peu d’argent sur des affiches et des campagnes de sensibilisation. Il faut bien s’occuper des problèmes de jeu que crée un organisme public! Ce serait à mourir de rire si ce n’était pas si triste.