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Alléluia!


Comme mes collègues ont réalisé, à la fin de décembre, une série de reportages sur l’état de notre patrimoine religieux, je m’en voudrais de passer sous silence la récente transformation d’un joyau de notre architecture moderne.

Il s’agit de l’église Saint-Denys-du-Plateau du secteur de Sainte-Foy, à Québec, une œuvre architecturale majeure des années 1960 signée Jean-Marie Roy. Le bâtiment a définitivement perdu sa vocation de lieu de culte il y a six semaines pour laisser place à un nouvel espace culturel, la bibliothèque Monique-Corriveau.

Son inauguration n’a pas fait tant de bruit aux quatre coins de la province. Pourtant, il s’agit d’une des plus ambitieuses (pour ne pas dire une des plus coûteuses) conversions de bâtiment religieux réalisées au Canada ces dernières années. Son coût : 17 M$.

C’est évidemment beaucoup d’argent pour une bibliothèque de quartier, considérant qu’un nouvel édifice aurait probablement causé moins de maux de tête aux architectes, tout en permettant de retrancher plusieurs centaines de milliers de dollars. Mais ne parler que de la facture dans ce cas-ci serait réducteur, surtout en constatant la qualité finale du projet qui marie habilement passé religieux et modernité.

J’oserais même avancer que cette conversion, dont le design reposait principalement sur le cabinet mont­réalais de Dan S. Hanganu (musée Pointe-à-Callière, HEC, TNM), devrait servir d’inspiration pour de futurs projets. Les architectes ont su réinventer le lieu, sans tomber dans un excès de nostalgie et de restauration. Ils ont su mettre en valeur l’essentiel de l’œuvre, allant de sa toiture iconique à ses énormes poutres de bois intérieures. L’ajout de mezzanines s’est fait dans le cœur de l’édifice afin de réduire les interventions sur l’enveloppe de l’ancienne église. Et surtout, la nouvelle vocation culturelle a permis de conserver le rôle communautaire du lieu pour desservir les besoins de son quartier.

Certes, le projet n’est pas parfait. La surabondance de couleur blanche et de verre dans l’ensemble de la bibliothèque n’était peut-être pas la meilleure option à considérer pour rendre l’espace chaleureux. L’insertion d’un escalier métallique au cœur du bâtiment produit également beaucoup de bruit sous le poids des passants qui déambulent… surtout avec leurs bottes d’hiver. Et où est passé le mobilier original, comme les bancs de bois sculptés? Aurait-on pu les insérer d’une façon ou d’une autre dans le projet?

Reste que cette transformation, financée par le gouvernement provincial et la Ville de Québec, a permis de sauver de l’abandon (et peut-être même d’une future démolition) une partie de notre histoire. On a trop souvent tendance à oublier que l’architecture est un témoin privilégié de notre passé, et que sa conservation possède une valeur sociétale beaucoup plus grande que la majorité des édifices monotones voyant le jour en province à notre époque.

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