Ahuntsic-Cartierville

Diabète: une lutte «constante» dans l’est et le nord de Montréal

Près d’une personne sur dix serait touchée par la problématique du diabète dans de nombreux territoires du nord et de l’est de Montréal. Organismes, institutions de santé et politiques se lancent dans la prévention pour réduire l’augmentation inquiétante du développement de la maladie.

Les chiffres sont criants. Que ce soit à Ahuntsic-Cartierville, Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Montréal-Est, Saint-Léonard et une partie de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, le diabète, qui peut notamment provoquer de graves et fatales maladies cardio-vasculaires, ne cesse de progresser, année après année.

«Combattre cette avancée est une lutte constante», explique Nicolas Trudel, infirmier clinicien au Centre de jour de diabétologie de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.

Favorisée notamment par des diagnostics plus efficaces, le vieillissement de la population et des soins mieux adaptés, une hausse de 20% a même été constatée dans les territoires longeant le nord de l’île entre 2005 et 2010. «Et ça doit être encore plus élevé maintenant», imagine le spécialiste qui ne dispose cependant pas de données plus récentes.

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Immigration et génétique
Alors que l’est et le nord de l’île font partie des secteurs les touchés, les explications s’avèrent nombreuses. Peu de transports actifs, pistes cyclables à revoir, mais aussi une forte population immigrante dans tous les arrondissements de ces secteurs.

À Ahuntsic-Cartierville par exemple, 39% de la population est immigrante, contre 38% à Montréal-Nord où le tiers d’entre elle provient d’Haïti, un pays fortement touché par le diabète, maladie génétique et héréditaire.

«C’est une population davantage à risque car les repas sont très riches en glucide. Les Nord-Africains sont également très touchés. Le pancréas est rapidement épuisé, il y a beaucoup d’embonpoint et de l’obésité qui entrainent le diabète», indique Nicolas Trudel, qui assure voir en consultation de jeunes trentenaires déjà très touchés.

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L’est et le nord-est de Montréal sont particulièrement affectés par le diabète.

Changer les habitudes de vie
Face à ces prédispositions, les institutions de santé tentent de modifier les habitudes de vie. Depuis 2009, le Centre d’expertise en prévention et gestion des maladies chroniques du CIUSSS du Nord-de-l’Île a par exemple lancé un vaste programme à suivre dès la détection des premiers symptômes, avec la présence d’infirmiers, nutritionnistes, kinésiologues et pharmaciens.

D’une durée de deux ans, celui-ci vise à réduire les «facteurs modifiables», comme notamment les habitudes alimentaires, la sédentarité, le tabac, l’alcool et le manque d’activités physiques.

«Si un client ne fait rien, le diabète va faire des dégâts dans tout son système. Ses organes seront touchés. On veut éviter les complications», détaille Souhila Touati, infirmière clinicienne, qui espère toucher également conjoint, enfants et proches du patient.

Une initiative appuyée par Pierre-Réginald Azar, directeur du Fond-Action Santé Communautaire Bénise Normil, organisme qui porte le nom de sa mère, emportée par cette maladie.

Depuis plusieurs années, cet infirmier de formation multiplie les conférences et campagnes de sensibilisation dans l’est de l’île, notamment auprès des écoles. «Communiquer, c’est éduquer, martèle-t-il. On doit influencer parents et jeunes pour faire le bon choix. Si des adultes ont de mauvaises habitudes, ça peut se transmettre de générations en générations.»

Des politiques mises en place
Pierre-Réginald Azar n’est pas seul. Alors que plusieurs organismes proposent des soirées et rencontres d’information sur le territoire, les pouvoirs publics comptent eux-aussi passer à la vitesse supérieure dans les prochaines semaines.

D’ici la fin janvier, Montréal-Nord devrait présenter un plan d’action qui sera suivi, sous peu, par une politique de saines habitudes de vie lancée par l’arrondissement RDP-PAT. Ce dernier a récemment créé un comité de consultation.

«Il faut à présent qu’on s’attarde sur la prévention, c’est l’une de nos priorités. C’est un effort collectif, on veut créer un environnement favorable pour permettre aux gens d’être plus actifs», confirme Nathalie Pierre-Antoine, conseillère d’arrondissement et présidente de ce groupe de travail, citant la rénovation de parcs, de pistes cyclables et de trottoirs.

«Mais au bout de la ligne, c’est à eux de décider. On peut refaire de beaux parcs, de belles pistes cyclables, mais ce sont les individus qui doivent marcher, faire du vélo.»

Sources: Diabète Québec, CIUSSS, Santé Montréal

Quelques chiffres
830 000 personnes touchées au Québec, soit 10% de la population
Près de 250 000 personnes ignorent vivre avec cette maladie
8,7% des personnes de 20 ans et plus sont touchées par le diabète sur le territoire d’Ahuntsic et Montréal-Nord
8% de la population du CIUSSS de l’Est-de-l’île de Montréal touchée (7% à Montréal)
100 000 nouveaux cas identifiés à Montréal chaque année
15 595 personnes de 20 ans et plus atteintes du diabète en 2010 à la Pointe-de-l’île (10,2% de la population)

Les principaux symptômes
-Fatigue, somnolence
-Augmentation du volume et de la fréquence des urines
-Soif intense
-Faim exagérée
-Perte de poids inexpliquée
-Vision embrouillée
-Cicatrisation lente
-Infection des organes génitaux et de la vessie
-Picotements aux doigts ou aux pieds
-Irritabilité


«On peut vivre avec le diabète»

Membre de l’organisme des Diabétiques du nord de Montréal, Jeannine Laurin, 83 ans, est atteinte du diabète depuis plus de 30 ans. «Mais je m’en tire quand même bien», sourit-elle.

«C’est une maladie sournoise, qui peut te jouer des tours. Il ne faut pas tricher, mais ne pas dramatiser non plus. C’est une maladie qu’on peut gérer si on fait attention», clame cette ex-secrétaire dans le domaine de l’ingénierie.

Tous les mois, cette bénévole assiste à des conférences dans l’hôpital du Sacré-Cœur, située sur le territoire du CIUSSS du Nord de Montréal. «On apprend à mieux s’alimenter, à faire des exercices», assure-t-elle avant d’expliquer pratiquer une marche quotidienne de 30 minutes et des parties de pétanque l’été venu.

Une famille touchée
Le diabète, Jeannine Laurin l’a connu depuis longtemps. Cette maladie génétique avait touché l’un de ses oncles, amputé des deux pieds. Plusieurs cousins ont également été atteints avant que ses premiers symptômes ne se déclarent après la naissance de ses cinq enfants.

«Puis, c’est l’un de mes fils, il y a 10 ans, qui en a été victime, raconte-t-elle. Il venait de perdre 25 livres, n’avait pas soif, disait qu’il s’endormait parfois au bureau. J’ai tout de suite compris. Depuis, il fait très attention.»

Un quotidien bien huilé
Le quotidien de Jeannine Laurin, qui vit dans une résidence pour aînés, est minutieusement réglé. Réveil, repas et prises de médicaments constamment aux mêmes heures.

«Je suis très disciplinée, ça me permet de ne pas avoir de douleurs ou de séquelles. J’ai juste les pieds un peu engourdis mais je vais voir le pédiatre tous les trois mois. Je m’organise, mais ça ne m’empêche pas de prendre parfois un morceau de gâteau ou de sortir», précise celle qui revient récemment d’un séjour à Cuba.

«C’est vrai, j’ai de la chance. Mais j’ai appris que l’on peut vivre avec le diabète. Il faut simplement prendre ses précautions.»

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