lang="fr-FR" > Conflits d'intérêts au CCU?
Outremont

Conflits d'intérêts au CCU?

Plaidant le conflit d’intérêts, le conseiller municipal Louis Dumont et certains citoyens de Mont-Royal demandent le retrait des architectes qui siègent au Comité consultatif d’urbanisme (CCU) de la ville. S’ils élaborent des plans structuraux dans le cadre de leur travail au privé, ils ne devraient pas pouvoir voter ces mêmes projets au CCU.

C’est le conseiller Louis Dumont qui a déclenché le débat lors des deux derniers conseils municipaux, qui ont eu lieu le 28 avril et le 26 mai. L’homme a demandé à ses collègues que les membres du CCU quittent le comité, alléguant un problème d’éthique.

«Les architectes ont des contrats d’urbanisme à Mont-Royal dans le cadre de leur travail, donc ils ont des intérêts financiers dans le développement des projets soumis au comité sur lequel ils siègent, plaide le conseiller Louis Dumont. Et après, ils votent ces mêmes projets. Ça ne fait pas de sens.»

Le conseil a récemment renouvelé les mandats des trois architectes en question, François Brillant, Michael Pitsas et Carmen Di Ioia, qui ont chacun leur entreprise d’architecture et qui sont résidents de la ville. Se ralliant à M. Dumont, une dizaine de citoyens ont écrit une lettre ouverte à L’Express, demandant eux aussi au maire d’annuler la résolution de reconduction des membres actuels du comité.

Patrimoine en péril?

Inquiets, ces citoyens craignent que la composition actuelle du CCU finisse par «anéantir» le cachet patrimonial de la ville.

Façades de résidences des années 30 «massacrées», modifications majeures de maisons, espaces visuels complètement bouchés par l’extravagant volume des bâtisses, ils en ont gros sur le cœur.

«Ça fait quelques années que nous constatons des dérives inacceptables, affirme Andrée Fortin, une résidente. Entre autres, des maisons d’inspiration Tudor (britannique) sont remplacées régulièrement par des constructions modernes trop imposantes. Et chaque fois, le CCU approuve ces changements, même si le joyau patrimonial est en péril.»

Règlement municipal

Le maire Philippe Roy avait souligné, lors du conseil du 28 avril, que la loi du Québec obligeait la ville à nommer trois architectes qui résident à Mont-Royal au CCU (un résident y siège aussi). Il s’est toutefois ravisé, à la séance du 26 mai, disant finalement que c’est un règlement municipal qui impose cette composition du comité et non la loi. Ce règlement, qui porte le numéro 1314, existe depuis que Mont-Royal est devenue une ville autonome, en 2004.  

Dans d’autres municipalités ou arrondissements, la composition du CCU est différente. Vérifications faites auprès de quelques municipalités environnantes (Beaconsfield, Baie-d’Urfée et Outremont, entre autres), il n’y a qu’à Mont-Royal que l’inclusion des trois architectes, qui sont à la fois résidents de la ville et impliqués dans la construction et la réfection de résidences, est obligatoire.

Confronté plusieurs fois à ce sujet par les citoyens présents aux séances du conseil, le maire Roy a fini par admettre «qu’il pourrait y avoir une apparence de problèmes». Il a mentionné qu’une consultation en urbanisme aura lieu à l’automne et que ce sujet pourrait être traité.

«Mais je continue de croire que c’est une bonne chose d’avoir au CCU des gens qui connaissent bien l’urbanisme de Mont-Royal, continue le maire. Je ne suis pas prêt à remettre en cause la crédibilité de ces gens-là.»

Pierre Frisko, directeur des communications à l’Ordre des architectes du Québec, affirme lui aussi que de nommer des architectes qui travaillent dans la ville ne peut qu’aider. «Il n’y a rien de répréhensible dans le fait de faire confiance à des gens qui connaissent bien l’endroit», commente-t-il simplement, sans vouloir se prononcer davantage sur l’apparence de conflit d’intérêts.

Au moment de mettre sous presse, les membres du CCU n’avaient pas retourné les appels de L’Express.

Articles récents du même sujet

Exit mobile version