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Outremont

Du feu dans la cheminée

Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être parce que j’ai froid aux pieds ce matin, mais cette chanson m’est venue en tête alors qu’il n’y a pas de cheminée où je suis et qu’il neige et fait froid.

Il a neigé à Port-au-Prince

Il pleut encore à Chamonix

On traverse à gué la Garonne

Le ciel est plein bleu à Paris

Ce matin, le ciel est plein blanc à Paris. Je n’ose pas sortir : je déteste cette ville quand elle se prend pour Montréal. Gilles est sorti acheter les journaux, va bien falloir aller manger, je devrais jeuner… ce serait bon pour ma courbe, mais je n’ai pas l’âme d’un sacrifié.

Peut-être caller… Je m’ennuie du Miracle, tiens. Vous ne connaissez pas le Miracle? Vous ne savez pas ce que vous ratez. C’est mon resto de quartier, à Saint-Henri, un resto qui, à première vue, ressemble à tous les restos, enfin, à tous les restos de quartier.

Une salle toute en longueur, avec des tables en entrant, des banquettes le long du mur, un long comptoir avec des tabourets qui tournent. Les soirs de match de hockey, la télé est allumée, le reste du temps, il y a la radio, un poste qui fait souvent jouer de la vieille chanson.

J’imagine qu’on pourrait y entendre Ferland.

Ma mie l´hiver est à l´envers

Ne t´en retourne pas dehors

Le monde est en chamaille

On gèle au sud, on sue au nord

Pourquoi j’aime tant le Miracle? Pour la bouffe parce que c’est toujours bon : pizza, sous-marins, frites, steamés, tout. Un bon resto du coin. Je n’irais pas si ce n’était pas mangeable, mais je n’irais pas si souvent et il ne me manquerait pas tant si ce n’était que de ça. Pourquoi j’aime le Miracle, alors? Pour l’esprit, pour une espèce de fraternité qui se perd, pour la chaleur qui n’a pas besoin de feu.

La Seine a repris ses vingt berges

Malgré les lourdes giboulées

Si j´ai du frimas sur les lèvres

C´est que je veille à ses côtés

On devient vite membre de la famille du Miracle. On finit par connaître le staff comme s’ils étaient des nôtres, comme si nous étions des leurs. Il y Suzanne, Mona, Lili et Samantha, les serveuses qui sourient tout le temps et qui vous reconnaissent, vous apprécient et qui savent votre nom très vite.

Et même votre date de fête. Il y a François le chef qui fait toujours du rock’n roll et dont les yeux brillent quand on lui parle de confit de gésiers d’oies sauvages alors qu’il assemble un club sandwich. Il y a les patrons, deux géants au cœur léger qui déconnent et rigolent sous cape.

Et il y a les habitués, presque toujours au comptoir. Carole qui portait encore son carré rouge récemment en faisant ses mots croisés, les autres dont je ne connais pas les noms, mais qui, lorsqu’il neige, viennent boire et manger entre deux cours d’école ou deux parkings de CLSC, de IGA et autres polyvalentes. Il y a quelques vieux qui ne parlent à personne, mais qui mangent là, assis à leur banquette, bien à leur assiette.

Je rapporte avec mes bagages

Un goût qui m´était étranger

Moitié dompté, moitié sauvage

C´est l´amour de mon potager

Il y a l’autre, habitué, mais dont je ne connais pas encore le prénom non plus. Mon âge et fan de hockey comme moi, peut-être plus. Il a écrit des chansons, des poèmes, et il dit qu’il voudrait bien écrire un livre, un jour. Son seul défaut : il déteste PK.

Fais du feu dans la cheminée

Je reviens chez nous

S´il fait du soleil à Paris

Il en fait partout

Fais du feu dans la cheminée

Je rentre chez moi

Et si l´hiver est trop buté

On hibernera

Vous me direz que je délire, que je me plains le ventre plein, mais ce soir, samedi, j’aurais préféré être à MTL et ses moins trois millions de degrés pour écouter le hockey au Miracle, que d’être à Paris, sous la neige à se demander où ne pas aller.

Monsieur Garneau

J’ai appris la mort de Richard Garneau via la page Facebook d’un ami journaliste. J’ai aussitôt été rempli d’une grande tristesse. J’ai côtoyé ce grand homme pendant un peu moins d’un an, quand j’ai remplacé Jean Fugère à Pourquoi pas dimanche il y a quelques années, sur les ondes de la Première chaine.

Chaque fois, M. Garneau m’éblouissait de sa culture et de son humour. Non seulement il s’y connaissait en sport, mais aussi en poésie, en littérature. En humanité…

Toutes mes sympathies à ses proches, à ses amis et à tous ceux qui pensent qu’il faut encore connaître des choses pour faire de la radio. Vous nous manquerez, Richard.

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