Je le dis d’entrée, pour chasser la présomption de plogue : je tiens un tout petit rôle dans Les Manèges humains, ce film de Martin Laroche. Oh, ne vous inquiétez pas, vous ne me verrez pas changer de carrière, je n’ai aucune ambition pour le métier d’acteur. Il m’est arrivé de donner un peu, dans une autre vie, quand j’ai fait partie d’une troupe où j’ai joué, oui, beaucoup.
Mais c’est du passé.
Pourquoi avoir accepté de jouer dans Les Manèges humains? D’abord, en raison du scénario. Quand Martin Laroche me l’a fait parvenir, j’ai été séduit par le courage du cinéaste : aborder le sujet de l’excision, au Québec, aujourd’hui, relève de la folie. Notre cinéma, tout comme le reste des arts que nous consommons et dont nous nous divertissons, ne semble plus vouloir parler de ce qui pourrait nous faire chavirer. Or, Martin ose.
J’ai aussi accepté pour le rôle qu’on me proposait : Bernard, le propriétaire du parc d’attraction où travaille le personnage de Sophie, interprété par Marie-Évelyne Lessard. Je savais que je pouvais le tenir et servir le propos. J’ai aussi accepté pour être dans le même film que mon ami Normand Daoust – avec qui j’ai joué, jadis, dans cette troupe que j’évoque plus haut. Je savais que Normand y serait à la hauteur de son immense talent (trop peu connu et reconnu).
J’ai accepté pour Sébastien Croteau, mon collègue de campement d’été – et aussi ancien membre de cette troupe de théâtre ambulant –, qui est un des producteurs du film. Lundi dernier, le film était présenté pour la première fois à Montréal, dans le cadre des Rendez-vous du cinéma québécois. Les lumières se sont éteintes sur nos têtes et pendant le noir, avant que le projecteur ne soit lancé, je me suis demandé ce que je faisais là.
J’avais peur…
Puis la magie
J’ai oublié d’analyser, j’ai oublié de penser aux dialogues, au jeu – le mien comme celui des autres – à la réalisation, au travail de la caméra, au son, à la musique… j’ai été happé par cette histoire d’une humanité transcendante : une lumière dans la nuit de nos insipidités habituelles.
Une histoire d’amour, d’abord. L’histoire de ces douleurs auxquelles on survit sans trop savoir comment, ni pourquoi. Une histoire de cette vie qui ne gâte personne, mais où certains trouvent la force de continuer, coute que coute. Une histoire d’amour, de passion. Une histoire de courage, une histoire de force.
Les Manèges humains, c’est beaucoup plus qu’un film sur l’excision, et ce, même si le sujet nous bouleverse, nous chavire. Les manèges humains c’est un film sur notre humanité, sur notre désir irrépressible de devenir meilleur, sur ce besoin de se sentir aidé, aimé.
Un film sur la vie, dans tout ce qu’elle a de plus beau, malgré la laideur. Un film à voir. Au cinéma Beaubien et au Quartier Latin, à partir du 1er mars.