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Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles

Chaud retour

Leduc-Frenette Samuel - TC Media
Jusqu’au 31 décembre, des milliers de bénévoles au Québec passeront des nuits blanches à raccompagner des fêtards à leur domicile. Fondée en 1984, Opération Nez Rouge est solidement implantée dans son quartier général au cégep du Vieux-Montréal, là où les appels sont traités et où les bénévoles commencent leur tournée. Le 8 décembre dernier, une famille de Prairivois a accepté de faire monter à son bord un représentant de l’Informateur.

19 h

La famille Lehoux-Lajeunesse arrive au cégep du Vieux-Montréal, à l’angle des rues Ontario et Sanguinet.

Martin Lehoux, le père, Manon Lajeunesse, la mère, et Maxime Lajeunesse, leur fils de 20 ans, enfilent tous un dossard rouge, reçoivent une radio et s’inscrivent auprès de l’administration, installée à l’étage dans la cafétéria du cégep. Ce soir, ils seront l’équipe trois.

20 h

Les trois membres de la famille descendent dans le stationnement de l’édifice. Ils ont eu un appel et doivent se rendre dans un bar d’Hochelaga-Maisonneuve. Ils décident d’aller prendre la rue Notre-Dame Est.

En conduisant, Maxime raconte des anecdotes des années passées. Comme cette fois où ils devaient aller chercher un homme, qui n’a pas cru bon attendre les bénévoles.

« En s’en allant, on a vu une Tercel qui zigzaguait, dit-il. On s’est dit que c’était cette personne-là en état d’ébriété. »

« Il y en a qui s’écœurent aussi d’attendre, ajoute Manon. Parfois, on ne raccompagne pas la bonne personne. »

20 h 15

Sitôt arrivés, les trois membres de la famille se séparent. Maxime restera dans sa voiture et suivra ses parents qui, eux, seront à bord du véhicule de la personne raccompagnée.

Martin et Manon pénètrent dans le bar. À la vue des dossards rouges, la personne à raccompagner rougit. Ses amis rigolent. Elle demande tout de même aux bénévoles du temps pour terminer son drink.

« Quand tu fais des raccompagnements, il ne faut pas que tu sois pressé », mentionne Manon.

Martin profite de la situation pour raconter une anecdote du même type. « À un moment donné, on arrive dans une maison, où le party n’est pas encore pogné, dit-il. La fille nous demande si elle peut rester finalement. »

« Quand il y en a qui voient les dossards, c’est incroyable ce qu’on peut se faire dire, ajoute-t-il en référence à la réaction que leur arrivée a suscité dans le bar. Mais la plus grosse ligne qu’on s’est fait pousser, c’est : “on peut-tu vous offrir quelque chose?” »

Les deux racontent ensuite comment ils ont eu l’idée de faire du bénévolat pour Opération Nez Rouge, et d’y enrôler leur fils du même coup.

C’est en regardant le film « Nez rouge », dans lequel l’acteur Patrick Huard se fait pincer en boisson, que nous avons eu un déclic, indiquent-ils.

« C’est pour une bonne cause, précise Manon. On se dit tout le temps qu’on peut sauver une vie.

« On a même déjà pogner des barrages routiers. […] Le gars qui était là était content, il était fier de dire qu’il avait appelé Nez Rouge. »

20 h 40

Après de longues minutes d’attente, Manon, Martin et la dame raccompagnée sortent du bar.

« J’ai oublié de dire que j’ai un système », lance la dame en riant, après que Martin a déclenché par inadvertance le système d’alarme de sa voiture.

Tous s’engouffrent dans le véhicule. Martin, au volant, rejoint rapidement l’autoroute 20. Maxime ferme le cortège.

Sur la route, Martin et la dame discutent de choses et d’autres. Manon, assise à l’arrière, en profite pour rappeler que le bénévolat fait partie de la génétique familiale. Ainsi, les parents de Martin ont 25 ans de bénévolat derrière eux, tandis que la mère de Manon s’est longtemps impliquée dans un CLSC.

Une tradition que la famille Lehoux-Lajeunesse entend perpétuer.

21 h 09

Arrivée à Otterburn Park, au domicile de la dame raccompagnée. Pendant que celle-ci remplit un formulaire avec Manon, Martin prend l’air.

« Une soirée, tu peux faire une douzaine de raccompagnements, relate Martin au passage. Une autre, cinq ou six. » C’est très variable.

21 h 24

Maxime, au volant de sa voiture, ramène la petite famille à bon port. Il en profite pour mentionner sur les ondes radio que la dame est rentrée chez elle et qu’elle a fait un don de 20 $. Cette façon de faire, disent-ils, permet d’éviter les fraudes.

« C’est super cool, j’aime me promener en auto, avoue Maxime en parlant de ce qui l’attire dans cette forme de bénévolat. Au lieu de donner de l’argent, je donne de mon temps. »

« Souvent, les jeunes, ils sortent la fin de semaine. Moi je trouve que ça vaut la peine d’en sacrifier une couple pour vivre cette expérience-là, répète-t-il à l’approche du cégep du Vieux-Montréal. L’année prochaine, c’est sûr que j’aimerais être conducteur, essayer d’autres autos. »

Si la tendance se maintient, les Montréalais ne seront pas plus abstinents en 2012 qu’en 2011, ce qui devrait permettre à Maxime de combler ce désir.

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