L’organisme dit faire face à une recrudescence des demandes pour la banque alimentaire, dans un contexte où les dons de nourriture sont de moins en moins généreux et où le financement est d’autant plus incertain.
« La situation actuelle ne nous aide pas à être solides, nous sommes toujours dans une situation précaire et il y a de moins en moins de financement disponible, déclare la porte-parole de l’organisme, Françoise Mémono. Si nous n’obtenons pas le financement dont nous avons besoin, nous allons devoir courir après l’argent au lieu de faire notre travail. »
Le financement de base permet à l’organisme de payer ses employés et d’assurer les infrastructures de base, dont les locaux. « Nous devons avoir des professionnels assidus pour remplir les rapports et faire la comptabilité par exemple. Nous avons beaucoup de rapports à fournir pour obtenir du financement. Nous avons aussi besoin d’un chauffeur pour la collecte de nourriture dans les épiceries. Quand un épicier nous appelle, nous devons ramasser la marchandise tout de suite, sinon le marchand va contacter un autre organisme, il ne faut pas que ça traîne », raconte Mme Joly.
Des gens qui ont faims
« Il y a beaucoup de familles à faible revenu, qui avant pouvaient subvenir à leurs besoins, mais qui doivent maintenant faire appel à la banque alimentaire. Depuis les trois dernières semaines, nous avons reçu 40 nouvelles demandes », raconte Mme Joly.
« Cette augmentation des demandes s’explique, entre autres, par la rentrée scolaire et des pertes d’emploi », croit Mme Mémono. L’augmentation des coûts de la vie est également en partie responsable de la situation selon Mme Joly.
« Il y a parfois des hommes très baraqués, qui se retrouvent dans mon bureau en larmes. Ce sont des hommes qui ont toujours travaillé, ils disent ne jamais avoir eu de raison de demander quoi que ce soit, mais ils n’y arrivent plus. Quand les gens viennent nous voir, c’est un dernier recours », relate Mme Joly. Des témoignages comme celui-ci, la directrice peut en raconter plusieurs.
En attendant l’argent
La situation est encore plus critique cette année que la Ville de Montréal ne s’est pas encore entendue avec le gouvernement du Québec pour renouveler le Fonds de lutte contre la pauvreté. L’entente actuelle prendra fin d’ici la fin décembre, laissant les organismes sans le sou.
« Plusieurs autres régions ont déjà signé l’entente, mais Montréal retarde et nous ne savons pas pourquoi », s’inquiète Mme Joly.
Le Fonds de lutte contre la pauvreté est renouvelé à la fin de chaque troisième année. Le dernier renouvellement s’était convenu le 23 décembre, soit seulement quelques jours avant la fin du programme. Cette attente cause des maux de tête aux organismes puisque non seulement cela entraîne des délais dans le versement des capitaux, mais crée également de l’incertitude quant à la poursuite de leurs activités.
Une fois l’entente ratifiée, tout ne sera pas dans la poche pour Action secours, Vie d’espoir. D’abord, la Ville devra s’entendre avec les Tables de concertation locales sur les orientations que devront prendre ces dernières. Les deux derniers mandats visaient la réussite scolaire, mais le prochain reste indéterminé. Les organismes sont donc tous sur le bout de leur chaise puisque ceux dont la nouvelle orientation n’englobera pas la mission devront trouver leur financement autre part.
« Même si l’entente était signée maintenant et que nous nous qualifierions pour cela, nous ne pouvons pas espérer recevoir les fonds avant mai », signale Mme Joly.
Le fond du baril
Un autre problème que rencontre l’organisme est l’approvisionnement en nourriture. Les banques alimentaires s’approvisionnaient traditionnellement avec les aliments périmés des épiceries. Grâce à un système de gestion plus efficace qui permet aux épiciers de recevoir des livraisons chaque jour, les surplus sont moindres. De plus, les épiceries centralisent leurs dons à Moisson Montréal, qui redistribue les denrées dans les organismes de la région.
« Nous sommes parfois obligés de refuser des gens parce que nous n’avons pas suffisamment de nourriture », déplore Mme Joly.