Les militants, que M. Gobé dit côtoyer régulièrement, seraient majoritairement en faveur de cette action. Il y aurait même eu des « pressions assez fortes » venant de certains membres.
Les nombreuses incertitudes quant à l’issue d’une élection mettant en opposition deux partis aux plateformes aussi semblables en ont inquiété plus d’un.
« Il y avait comme un flottement qui s’était installé dans les militants à l’effet de ce qui se disait dans les journaux, ce que les médias rapportaient », rapporte celui qui est devenu en 2011 le président de l’association adéquiste de LaFontaine et de la Table régionale de l’Est de Montréal.
« Est-ce qu’il va y avoir une fusion de l’ADQ avec la CAQ? Est-ce que ça va faire deux partis? Est-ce qu’il n’y aura pas une division des votes? Est-ce qu’ils auront un programme semblable? »
« Là, on se dirigeait vers un doublon dans une élection », estime-t-il.
Son expérience durant l’élection partielle dans la circonscription gaspésienne de Bonaventure au début du mois de décembre l’a aussi convaincu de la pertinence de la fusion.
« Ce qu’on s’est rendu compte un peu sur le terrain, c’est que les gens avaient déjà escompté la fusion », dit-il, comme s’ils étaient en attente d’une élection afin de pouvoir voter pour le nouveau parti.
Une élection très dure pour l’ADQ, qui n’a obtenu que 2,3 % des suffrages. Un résultat en partie dû au cynisme politique, sous-entend-il. Il croit que, comme c’est souvent le cas dans les régions éloignées des grands centres urbains, les citoyens « n’ont plus d’autre choix politiquement que de voter pour le pouvoir » s’ils veulent freiner le déclin de leurs services.
La CAQ, au diapason de l’ADQ
M. Gobé a, avant d’arrêter son choix, étudié dans le détail le programme des deux partis. Selon lui, un constat s’imposait : les positions des deux formations politiques sont à 80 % conciliables.
Quelques priorités de la CAQ semblent même avoir été calquées sur celles de l’ADQ. Ainsi, les deux formations prônent l’abolition des commissions scolaires. « On considère que c’est dans les écoles que ça se passe, c’est les directions d’école qui savent ce qu’elles doivent faire, quels sont les programmes qu’elles doivent appliquer », mentionne-t-il.
« Actuellement, il y a les commissions scolaires, qui coûtent très cher, qui sont une autre administration et qui augmentent chaque année le niveau de taxation de la population et qui sont l’une des fonctions publiques les plus payées. »
Autre exemple : en santé, les deux partis veulent en découdre avec les agences de santé et de services sociaux. « On a une machine bureaucratique, une machine qui ronronne pour gérer des normes, pour gérer toutes sortes de choses, laisse-t-il tomber. Et pendant ce temps-là, les gens n’ont pas de services. »
Le fait que François Legault, le fondateur de la CAQ, soit réputé souverainiste ne pose pas de problème à M. Gobé, un fédéraliste ayant été président du comité du « non » dans l’est de la métropole lors du référendum sur la souveraineté de 1995.
« M. Legault, et des gens comme moi, c’est bizarre, mais après 20 ans, 40 ans de ces discussions stériles qui ne mènent nulle part, […] on a décidé qu’on passait à l’essentiel, qui est la gestion et la remise sur pied de l’État », déclare-t-il.
Député ou pas?
Depuis qu’il a rallié les rangs de l’ADQ, M. Gobé refuse de dire s’il se portera candidat dans son ancienne circonscription de LaFontaine.
« Par respect pour tout le monde, je vais attendre le résultat du vote », indique-t-il.
Dans tous les cas, il sera présent pour accueillir tous les adéquistes qui se joindront à la CAQ.
Questionné à propos de ceux qui remettent en doute une consultation qui n’aurait pas pris en compte l’opinion des membres qui sont contre la fusion, M. Gobé répond qu’il laisse le dernier choix aux militants.
« J’espère qu’une fois que ça sera fini, on va tous se reparler ensemble, qu’on va se serrer la main et qu’on va être assez fort pour se retrouver le plus nombreux possible », conclut-il.