NDLR: ce texte a été modifié à la suite d’informations complémentaires fournies par la Ville de Montréal.
« La séance de ce soir m’a informée, mais je reste sceptique. Il faudra vraiment que ça aille des retombées positives. Il faudra qu’il y ait encore plus d’informations », affirme la citoyenne Louise Crevier.
« C’est à l’usage qu’on verra si ça se présente comme ils le disent, ajoute le citoyen Réal Bergeron. Ce n’est pas que nous ne les croyons pas, mais il pourrait y avoir des circonstances ou des problèmes techniques qui vont faire en sorte que ça ne fonctionnera pas comme prévu. »
À qui profite le centre?
Rappelons que le site de Rivière-des-Prairies a récemment été choisi après que le maire Denis Coderre ait rejeté le projet initial de construire l’infrastructure au complexe environnemental Saint-Michel. Cette décision a été prise en raison de la forte mobilisation des citoyens du quartier contre ce projet.
Ironie du sort, dès sa mise en fonction, une grande partie du compost produit au nouveau centre de Rivière-des-Prairies sera acheminé à Saint-Michel, selon PierreGravel, chef de division à la Gestion des matières résiduelles. Celui-ci sera utilisé pour compléter le recouvrement de l’ancien dépotoir de la carrière Miron, situé à l’endroit où devait être construite l’usine de compostage de Saint-Michel.
La Ville précise qu’il ne s’agit pas de recouvrir l’ancienne carrière, mais bien d’utiliser une partie de ce composte pour les besoins du parc en devenir à cet endroit.
«L’étude sur le potentiel d’utilisation du compost sur le territoire de l’agglomération nous indique les potentiels suivant : 80 000 tonnes pour les besoins résidentiels, 24 000 tonnes pour les besoins municipaux et 20 000 tonnes pour les besoins commerciaux et institutionnels. À ces chiffres, il faut ajouter les besoins pour les projets de décontamination des terrains par phytoremédiation. La Ville a aussi le souci d’effectuer un retour aux citoyens, et particulièrement dans les secteurs où seront localisés ces centres. Le compost produit dans l’Est sera prioritairement utilisé dans l’est», souligne Valérie De Gagné de la division des affaires publiques à la Ville.
Mais les citoyens de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles recevront leur juste part du gâteau, promet la mairesse Chantal Rouleau. Elle prévoit que le compost pourra contribuer à la décontamination des anciens terrains industriels du secteur.
« J’ai demandé des garanties. J’ai demandé qu’il y ait un plan de communication adéquat, que le projet soit intégré dans un plan de développement économique et qu’il serve de vitrine de recherche. Enfin, j’ai demandé que la population soit rapidement desservie par le service de collecte organique », assure Mme Rouleau, qui affirme avoir son mot à dire dans la façon dont le centre sera implanté.
Actuellement, seulement 12 % des foyers participent à cette collecte (voir autre texte). Cela permet la récupération de 17 % des matières organiques, alors que la moyenne montréalaise est de 13 %.
« Nous allons reconnaître l’effort de la population des sites où seront implantées les installations. Une attention particulière sera portée à cette population dans la distribution des bacs bruns », assure Réal Ménard.
Cet élu responsable de l’Environnement à la Ville souligne également que l’implantation du centre aura des retombés économiques puisqu’il créera une quarantaine de bons emplois, dont une dizaine sur le territoire de l’arrondissement. Il ne rejette pas, non plus, que la dotation de la ville soit adaptée pour reconnaître la présence du centre de compostage à Rivière-des-Prairies.
« C’est une excellente nouvelle pour le quartier parce qu’il attirera une expertise universitaire chez nous », ajoute pour sa part le conseiller Richard Guay de Rivière-des-Prairies.
Malgré tout, Nicole Loubert, citoyenne engagée dans les dossiers environnementaux, reste sceptique sur les bienfaits du projet. Elle estime que l’équité territoriale n’a pas été respectée puisque trois des cinq nouveaux centres seront construits dans l’est de Montréal, un secteur déjà surchargé, selon elle.
« Il n’y a pas d’équité territoriale et je suis loin d’être convaincue que l’usine de LaSalle [seconde usine de compostage] sera construite. Saint-Michel s’est pris en main et a dit “non” parce que ce centre ne cadrait pas avec leur vision, ce que nos élus n’ont pas fait », déclare-t-elle.
Si M. Ménard admet que l’Est sera davantage mis à contribution, il soutient que l’équité territoriale est respectée puisque le complexe environnemental Saint-Michel conservera le traitement des résidus verts.
Le centre de compostage
L’assemblée publique a permis aux citoyens d’en apprendre davantage sur le futur centre de compostage qui sera construit dans le quartier.
« Ce n’est pas un site d’enfouissement à ciel ouvert avec des oiseaux qui tourbillonnent au-dessus. Il s’agit d’un plan structurant et innovant pour le quartier. Il nous permettra de développer une expertise unique en chimie verte et en valorisation des matières résiduelles », estime la mairesse Rouleau.
La nouvelle usine, qui traitera 29 000 tonnes de matière, produira environ 15 400 tonnes de compost par année. Une grande partie de cette matière proviendra du digestat produit à l’usine de biométhanisation de Montréal-Est.
Le centre accueillera en moyenne 21 camions par jour. Ceux-ci seront déchargés à l’intérieur du centre qui sera équipé de technologie de rétention des odeurs.
Selon la Ville, le centre émettra près de 20 fois moins d’odeurs qu’une personne parfumée.
La technologie qui a été choisie est appelée en tunnel fermé. Le centre sera donc équipé de longues salles à atmosphère contrôlée dans lesquelles seront entassées les matières compostables pendant 20 à 28 jours. Une fois le compost transformé, il devra mûrir pendant quatre à six semaines dans un entrepôt fermé prévu à cet effet.
« Tous les centres seront conçus construit, opérés et entretenus par l’entreprise privée pour, au moins, les sept prochaines années, mais ils vont appartenir à la Ville », explique Roger Lachance de la Ville de Montréal.
Les citoyens et organismes qui voudraient exprimer une opinion ou déposer un mémoire doivent communiquer avec Gilles Vézina, au 514 872-8510, avant le 6 novembre. L’audience des mémoires aura lieu le 12 novembre, à 19 h, au centre Roussin (12125, rue Notre-Dame Est). Pour consulter le site de l’Office de consultation publique de Montréal sur le centre de compostage de Rivière-des-Prairies, visiter le http://ocpm.qc.ca/compostage-est.