Cette fois, Lahore, la deuxième ville du Pakistan, fait parler d’elle pour ses médicaments douteux. Les attentats-suicides sont relégués au second plan. Une centaine de patients de la Punjab Institute of Cardiology sont morts depuis décembre après avoir ingéré des pilules contaminées sans doute par du plomb ou du mercure. Le quart des médicaments consommés dans les pays pauvres contiendraient des substances toxiques.
Quand 75 % des médicaments produits dans le monde sont absorbés par les habitants des pays riches, il n’en reste plus beaucoup pour ceux du tiers-monde. Résultat : la contrefaçon pullule. Un médicament sur dix vendu dans le monde est un faux. Le Viagra est le produit le plus imité dans les pays industrialisés.
À Lahore, les gélules offertes gratuitement à 46 000 habitants souffrant de maladies cardiovasculaires étaient-elles des contrefaçons? L’enquête du ministère pakistanais de la Santé a commencé la semaine dernière. En attendant les résultats, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rappelle qu’au moins
700 000 personnes meurent chaque année en consommant de faux médicaments, «maquillés» par exemple avec de l’acide borique, de la cire et de la peinture contenant un haut degré de plomb. L’important n’est pas de soigner, mais d’imiter le plus possible les produits originaux.
Au moins 50 % de ces cocktails médicaux se retrouvent en Afrique. Dans les marchés, ils sont exposés sans emballage entre les bonbons, les dentifrices, les savons et les préservatifs. Les habitants du continent le plus pauvre de la planète n’ont pas le choix. Un Occidental dépense en moyenne près d’un demi-millier de dollars annuellement pour ses médicaments, contre moins de dix dollars pour son «frère» du Sud, quand il a la «chance» de pouvoir s’en procurer.
Au total, deux milliards d’êtres humains n’ont toujours pas accès aux médicaments. L’Afrique, toujours elle, compte au moins 70 % des sidéens du monde. Les trois quarts ne sont pas traités. Ils pourraient l’être avec des médicaments génériques bon marché. Au moins 6 000 vies seraient ainsi sauvées tous les jours.
Mais voilà, «certaines compagnies pharmaceutiques sont des marchands d’armes en blouse blanche», pour citer John Le Carré dans Constant Gardener (2001), son livre coup-de-poing contre les multinationales de la pilule qui défendent bec et ongles leurs produits brevetés face aux médicaments venus de l’Inde et de la Chine. Ces deux pays sont les grandes «pharmacies génériques du monde».
Parallèlement, elles offrent aussi le plus grand nombre de médicaments contrefaits sur le marché mondial, dominé par un trafic annuel d’une soixantaine de milliards. De Lahore aux étals des marchés africains, les faux médicaments font mal et tuent parfois.