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Trump et Biden croiseront le fer dans un premier débat télévisé mardi

James McCarten - La Presse Canadienne

WASHINGTON — Pour emprunter la phrase fétiche d’un certain président américain en fonction, le débat entre Donald Trump et Joe Biden promet d’être du jamais-vu.

Tout comme pour une bonne partie de l’année 2020, nul ne peut prédire ce que réserve la joute de mardi.

Selon le professeur de communication à l’Université du Missouri Mitchell McKinney, qui a longtemps étudié les débats présidentiels américains, on peut à tout le moins s’attendre à ce que celui-ci s’écarte de la tradition.

Contrairement à bon nombre de détracteurs de Donald Trump, M. McKinney voit le président sortant comme «un communicateur stratégique très intelligent».

La prémisse fondamentale des débats télévisés était autrefois d’évaluer la feuille de route du président sortant pour déterminer s’il méritait quatre années de plus à la Maison-Blanche.

Mais cette fois, la stratégie pourrait consister à justement éviter de dresser ce genre de bilan, croit M. McKinney.

«Les singeries, les provocations, les tirades, les conspirations — pour que Joe Biden doive répondre et se défendre —, tout ça pourrait bien empêcher la discussion sur les quatre dernières années», expose-t-il.

Le débat, co-organisé par l’Université Case Western et la Clinique de Cleveland, aura des airs différents des précédents, rapporte Peter Eyre, conseiller principal de la Commission sur les débats présidentiels.

«En raison de considérations liées à la COVID, il n’y aura pas de poignée de main entre les candidats ou le modérateur au début du débat», indique-t-il.

Le public sera composé d’un petit nombre d’invités, précise-t-il. «Tout le monde dans la salle de débat mardi soir sera soumis à divers protocoles de santé et sécurité, y compris des tests de dépistage de COVID.»

Au lieu des déclarations d’ouverture, le modérateur Chris Wallace de Fox News lancera le débat en posant une première question à Donald Trump.

Un débatteur expérimenté

Joe Biden n’est pas étranger aux débats, rappelle Karen Beckwith, professeure au département de science politique de Case Western Reserve, en évoquant sa performance face au colistier républicain Paul Ryan en 2012.

«L’ancien vice-président est un débatteur accompli», souligne-t-elle, en ajoutant qu’il «sait comment gérer les brutes».

Le candidat démocrate continue de jouir d’une avance confortable dans les intentions de vote à l’échelle du pays et d’un avantage plus serré dans les principaux États clé.

Il serait étonnant qu’on réussisse à le faire déroger de son plan de match, estime Mme Beckwith.

Joe Biden n’aura même pas à se soucier des quatre dernières années. Les quatre derniers jours devraient suffire.

De mauvaises journées pour Trump

Le bilan des morts liées à la COVID-19 aux États-Unis, le plus élevé au monde, se rapproche du cap des 210 000, à l’aube de la deuxième vague d’infections. Après avoir atteint des niveaux records, le taux de chômage oscille autour de 8,4 %, tandis que les analystes anticipent un autre ralentissement économique.

Un reportage explosif du New York Times a dépeint Donald Trump comme un homme d’affaires endetté et en difficulté qui n’a payé que 750 $ US d’impôts en 2016 et 2017, qui doit 300 millions $ US en prêts et qui a flambé plus de 70 000 $ US en frais de coiffure lors de son passage à l’émission «The Apprentice».

Samedi, les yeux rivés sur l’abrogation d’Obamacare, Donald Trump est allé de l’avant avec la nomination de la juge conservatrice Amy Coney Barrett pour remplacer la défunte Ruth Bader Ginsburg, malgré ce qui a été présenté comme le dernier souhait de cette icône progressiste de la Cour suprême.

«S’ils gagnent, ils vont nommer des juges qui détruiront le mode de vie américain, le rêve américain. Ils vont détruire le rêve américain», a-t-il déclaré à propos des démocrates lors d’une conférence de presse dimanche. «Ils vont détruire les États-Unis d’Amérique.»

La démocratie en meilleure posture?

Face aux commentaires du président sur l’intégrité de l’élection à venir et sa réticence apparente à permettre une passation pacifique des pouvoirs s’il perdait, combinés à des allégations sans fondement de vote par correspondance frauduleux, des experts décrivent Donald Trump comme une menace existentielle pour la démocratie américaine.

Cela pourrait paradoxalement insuffler une nouvelle vie au processus démocratique, avance M. McKinney. Cette menace, qu’elle soit avérée ou non, pourrait être une source de motivation pour les électeurs des deux côtés de l’échiquier politique, ce que suggère déjà la popularité du vote par anticipation.

Pendant ce temps, le président se prépare une excuse au cas où il serait dépassé par son rival lors du débat: Joe Biden consomme des substances dopantes, prétend-il.

«Vous pouvez aller voir sur internet. Vous verrez. Beaucoup de gens le disent», a lancé Donald Trump.

Il a également écarté l’idée de se préparer au débat, insistant sur le fait que diriger le pays l’a suffisamment outillé pour le face-à-face de mardi soir.

Joe Biden, de son côté, a sa propre stratégie.

«Que devez-vous faire pour gagner le débat?» lui a-t-on demandé lors d’une conférence de presse dans le Delaware dimanche.

«Juste dire la vérité», a répondu M. Biden, le sourire aux lèvres.

James McCarten, La Presse Canadienne

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