Comme plusieurs Québécois, je me prépare à déménager le jour de la fête nationale du Canada. Ma quête d’un nouveau logement a été traumatisante.
En trois mois de recherche, j’ai découvert à mes dépens le côté sombre de ma ville, Montréal. Ce n’est pas parce qu’il manque d’appartements. Là où le bât blesse, c’est que sur la vingtaine de logements que j’ai visités, la majorité était des taudis. Pourtant, en lisant par exemple l’annonce «Très grand et beau 5 ½ propre, rénové, près des commodités», je sursautais et me précipitais pour obtenir un rendez-vous. Une fois sur les lieux, c’était la catastrophe. Ce que je croyais être une aubaine pour ma petite famille se muait en une rencontre du troisième type. Pas avec des extraterrestres, mais avec des Montréalais qui vivent dans des conditions atroces. J’ai visité des logements miteux qui puaient le moisi. Les lieux étaient un vrai danger pour la santé de leurs occupants. Ils ressemblaient à une scène des Misérables ou aux refuges des derniers humains de Terminator Salvation.
C’est un crime de faire payer aux gens des loyers mensuels autour de mille dollars pour habiter des taudis. Le peuple paye cher des logements qui, en fait, sont sales, et dans un piteux état. Et pas la peine de faire des tests d’insonorisation! Depuis l’appartement, on a droit aux bruits stridents de la ville autant qu’à ceux des voisins. Ce vacarme urbain est d’une netteté digne des meilleurs casques d’écoute.
Certes, il m’est arrivé de tomber sur de rares appartements en bon état. Mais, comme j’ai deux enfants en bas âge, il fallait voir les traits des visages des propriétaires se décomposer quand ils entendaient ma réponse à leur question fatidique : vous êtes combien de personnes à vouloir loger ici? Subitement, aux yeux des propriétaires, le très grand 5 ½ devenait trop petit pour ma famille…
Et je vous fais grâce de l’épreuve humiliante de l’enquête de crédit. Des propriétaires m’ont fait remplir des formulaires dignes d’une enquête ultrasecrète pour intégrer la GRC ou la CIA. On m’a demandé rien de moins que mon numéro d’assurance sociale, mes numéros de compte et les coordonnées de mes banques, mon numéro de permis, le numéro d’immatriculation, le modèle et la date de fabrication de ma voiture, mes antécédents de location et les noms et adresses d’anciens propriétaires ainsi que mon historique professionnel, mes références, et j’en passe.
J’ai fini par rencontrer un propriétaire respectueux. N’empêche, à Montréal, au prix fort, des gens vivent dans des conditions dignes d’un pays du tiers monde. Ici, dans la métropole du Québec, des gens subissent le diktat des propriétaires pour avoir droit à des habitats décents. Ça va faire!
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.