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Les Don Quichotte de la politique

Au printemps 1981, la France a élu un président socialiste. C’était l’euphorie pour toute la gauche de la planète. Hélas, cette immense joie a été courte, avant de virer au cauchemar!

À l’époque, j’étais enfant de l’ancienne colonie, le Maroc. Les intellos de mon patelin et du royaume ne parlaient que de cette victoire historique pour la classe laborieuse. Trente-trois ans après, là où la gauche est arrivée au pouvoir, elle a fini par décevoir et ouvrir royalement la porte à l’austérité d’une droite aux aguets.

Cette alternance au pouvoir entre une gauche idéaliste, mais incapable de dompter le réel, et une droite réaliste sans conviction sociale a fait l’objet d’un livre sublime, Le réel n’a pas eu lieu. Le principe de Don Quichotte, de Michel Onfray.

Dans son ouvrage, le distingué philosophe français s’intéresse au Don Quichotte qui prend ses désirs pour la réalité. Lors de son récent passage à l’émission On n’est pas couché de France 2, Michel Onfray a embarqué le public dans une analogie des plus subtiles.

Comme Don Quichotte, le politicien de gauche a un idéal, celui d’une société sans classes où le prolétariat se libère de son aliénation. Après, si la réalité donne tort à cet idéal, c’est le réel qui se trompe. Cette éthique de conviction est le travers de la gauche. Quant au politicien de droite, il se dit que l’idéal de la gauche est bien beau, mais comment fait-on pour le financer? Nous n’en avons pas les moyens. Cette éthique de responsabilité est le travers de la droite.

En somme, pour mon philosophe préféré, la droite, c’est l’éthique de responsabilité sans l’éthique de conviction. La gauche, c’est l’éthique de conviction sans l’éthique de responsabilité. Dans les deux cas, les idéologies prédominent au détriment de la vérité et de l’intérêt collectif.

Alors, comment peut-on être de gauche et en même temps gérer correctement les affaires de l’État, faire avancer concrètement notre idéal et faire de la solidarité une aventure nationale collectivement viable? De même, comment être de droite sans délaisser, par exemple, la culture et l’éducation, des secteurs névralgiques pour notre existence, mais non rentables du point de vue strictement comptable?

Pour Michel Onfray la réponse est simple : le pragmatisme. Les politiques doivent se soucier de l’articulation entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité. Autrement dit, trouver un équilibre entre notre idéal et le réel.

Chez nous, après la béatitude péquiste, Philippe Couillard nous prépare à gober l’austérité. N’est-ce pas le temps de laisser tomber ce duel idéologique sans merci pour réinventer des solutions concrètes, solidaires et pragmatiques?

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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