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Le iPhone du journaliste et chroniqueur Patrick Lagacé a été placé sous surveillance par le Service de police de la Ville de Montréal, a rapporté La Presse lundi matin.

Selon La Presse, le SPVM a cherché pendant plusieurs mois à connaître l’identité des interlocuteurs de M. Lagacé. Il était aussi possible de localiser le journaliste par GPS.

Au moins 24 mandats de surveillance ont été accordés depuis le début de 2016, à la demande de la section des Enquêtes spéciales de la police. Les numéros entrants et sortants du téléphone ont été obtenus pour trois de ces mandats.

«J’étais incrédule, je ne croyais pas que ça se pouvait, a confié Patrick Lagacé en entrevue à La Presse canadienne. Mon collègue Daniel Renaud m’avait dit qu’il entendait mon nom pour des histoires de dévoilement de la preuve dans l’histoire des quatre policiers arrêtés l’été dernier. La Presse a décidé d’envoyer un avocat pour parler au procureur de la Couronne, et c’est là qu’on a su l’ampleur de ce que le SPVM a fait en matière d’espionnage de mon téléphone, avec l’assentiment d’une juge.»

C’est la juge de paix Josée de Carufel, de Montréal, qui a autorisé la majorité des mandats de surveillance. Les mandats ont été obtenus dans le cadre du Projet Escouade, qui a mené cet été à l’arrestation de 5 policiers, dont deux qui ont été accusés. L’enquêteur Faycal Djelidi, arrêté à la suite de ce projet, avait eu des contacts avec Patrick Lagacé.

Costa Labos, patron sortant des Affaires internes du SPVM, a confirmé à La Presse avoir donné le feu vert à ces enquêtes. «Je comprends que certaines personnes peuvent avoir été offusquées ou dérangées par le fait que leur téléphone ait été [l’objet de surveillance], mais il faut faire notre travail», a-t-il déclaré en entrevue au quotidien de la rue Saint-Jacques. Il a refusé de révéler si le chef de police Philippe Pichet a été informé de la mise sous surveillance de l’appareil. M. Labos a aussi affirmé qu’«à sa connaissance», aucun autre journaliste n’avait fait l’objet de surveillance du SPVM dans les dernières années, mais sans pouvoir «le garantir».

M. Lagacé juge que les raisons invoquées par le SPVM, à savoir faire avancer une enquête interne, ne sont pas crédibles. «Il y a un contexte de chasse aux sorcières à la police de Montréal, où elle cherche à savoir qui parle à des journalistes, estime-t-il. Je crois que dans une des enquêtes criminelles sur un policier, on a soupçonné que ce policier parlait à un journaliste, et que le SPVM a vu là un prétexte fantastique pour espionner un journaliste. Et ils ont trouvé une juge qui a été assez stupide pour émettre un mandat et leur permettre de faire ça.»

M. Lagacé rappelle qu’il n’est pas un journaliste d’enquête: il écrit des chroniques et critique des institutions. «S’ils ont fait ça à un journaliste qui ne fait pas d’enquête, imaginez ce qu’ils font à des vrais journalistes d’enquête», a-t-il dit.

Selon lui, l’affaire est un recul pour la liberté de la presse. «Si on vit dans une société où les journalistes sont espionnés par l’État simplement pour s’assurer que des sources ne leur parlent pas et pour trouver ces sources, c’est un recul pour l’exercice de la liberté de presse. Et ça donnera une société qui devra se fier uniquement à la version officielle qu’on trouve dans les communiqués de presse, ce qui est une partie incomplète de la vérité», a-t-il ajouté.

Éric Trottier, vice-président à l’information de La Presse, a décrié l’opération, affirmant dans les pages de ce média qu’il s’agissait d’ «une attaque sans équivoque contre l’institution qu’est La Presse et contre toute la profession journalistique».

De son côté, le parti Projet Montréal demande au chef de police Philippe Pichet de se retirer temporairement de ses fonctions. Le maire Denis Coderre doit réagir plus tard en après-midi.

Le lanceur d’alerte Edward Snowden a rapporté l’histoire sur son compte Twitter.

Le SPVM a annoncé vendredi que l’inspecteur-chef Labos avait été muté des Affaires internes vers la division des communications opérationnelles et informations policières, qui gère notamment les télécommunications du service de police. Rien n’indique qu’un lien existe entre cette décision et la mise sous surveillance du cellulaire de Patrick Lagacé.

Cet été, le policier avait lui-même fait l’objet d’une enquête criminelle en lien avec une traque aux fuites médiatiques. Aucune accusation n’a finalement été déposée contre lui.

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