Josie Desmarais/Métro

Le modèle de bouffe de rue évolue et certains camions désertent petit à petit les rues de Montréal pour se tourner vers les événements corporatifs.

Si vous avez l’impression que les camions se font moins présents au centre-ville, vous n’avez pas la berlue. Mardi, ils n’étaient que cinq à être enregistrés sur le site cuisinederue.org qui permet de savoir chaque jour où sont stationnés les food trucks. Mercredi, c’était dix.

Depuis l’officialisation de ce service en 2015, le nombre de camions ayant reçu un permis a en effet graduellement diminué. De 31 la première année, leur nombre est passé à 29 en 2016, 26 en 2017 et 20 actuellement.

Selon le chef Jérôme Ferrer, «la moitié des camions qui étaient là au début a jeté l’éponge». Comme explication, le propriétaire de l’Europea Mobile évoque notamment les festivals «trop gourmands» qui demandent parfois plus de 1000$ par jour en loyer et «les règles municipales qui changent chaque année».

«Dans la perception des gens, un camion, ça coûte moins cher qu’un resto, car on n’a pas de loyer. Mais ce n’est pas vrai, car on est à la merci du mauvais temps qui peut faire perdre des centaines de dollars de nourriture ou d’un bris mécanique qui mangerait tous nos profits», dit-il.

Jérôme Ferrer décrit l’expérience du food truck comme étant gratifiante, mais aussi très difficile physiquement à cause de l’exiguïté des lieux. Afin de contrer les aléas, son camion est désormais uniquement stationné au Vieux-Port ou dans le cadre d’évènements privés, dans lesquels les revenus sont plus prévisibles.

Si elle convient qu’il y a eu des défections depuis le début, Gaëlle Cerf, et présidente de l’Association des restaurateurs de rue du Québec (ARRQ), précise que l’aspect financier n’est pas l’unique cause. «Certains se sont aussi rendu compte que ce n’était pas fait pour eux, car oui, il y a de l’incertitude, c’est très demandant et il faut être bien rodé d’un point de vue administratif et comptable», explique la propriétaire du camion Grumman 78. «Les camions s’en sortent le mieux lorsqu’ils font plus de contrats privés ou lorsqu’ils se rendent sur des sites d’entreprises», précise-t-elle.

Jeudi, par exemple, 19 camions s’étaient enregistrés, mais le tiers d’entre eux avaient prévu se placer sur le site de Radio-Canada, à la Gare Viger à la demande du promoteur du chantier ou autour des bureaux de la Fédération des travailleurs du Québec. S’ils évitent alors de payer à la Ville les frais de 30$ par jour pour l’occupation du domaine public, les participants doivent alors verser 25$ à l’ARRQ. «Comme ce genre de rendez-vous a lieu le même jour chaque semaine, ça créé une habitude et les clients se présentent même s’il pleut. Il y a donc moins d’incertitude pour le restaurateur», lance Gaëlle Cerf.

Comme M. Ferrer, cette dernière admet que certains festivals sont trop gourmands. Elle dit toutefois comprendre globalement les tarifs pratiqués étant donné les coûts d’organisation de tels évènements. «Il faut trouver un juste milieu, car un festival sans bouffe c’est un festival où les gens restent moins longtemps», dit-elle.

La restauratrice confie aussi que la Ville de Montréal pourrait en faire plus en permettant aux camions de stationner directement le long des rues où il y a beaucoup de piétons. «Les camions sont souvent à 50m du succès», selon elle. Elle aimerait donc que la rénovation de la rue Sainte-Catherine se fasse en incluant des emplacements pour les camions de cuisine de rue.

En juin, la vérificatrice générale de la Ville écrivait que «si la volonté municipale est de maintenir cette activité sur son territoire, nous estimons qu’une réévaluation des modalités de fonctionnement entourant l’occupation du domaine public par les cuisines de rue sera nécessaire». Avant la présentation du rapport, la Ville avait déjà pris des mesures pour simplifier le processus de sélection des camions et l’ajout de site à fort achalandage. En 2017, elle avait en outre instauré pour les restaurateurs la tarification à la journée, selon le principe de l’utilisateur/payeur.

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