Hershl Novak est entouré de ses élèves de l'école Peretz. La photo a probablement été prise à l'occasion d'une remise de diplômes, vers 1920.

Il y a près d’un siècle, la première école yiddish d’Amérique du Nord a ouvert ses portes à Montréal, rue Prince-Arthur, sur le Plateau-Mont-Royal. L’école Peretz (ou l’école na­tionale-radicale) a été fon­dée en 1913 par un groupe de juifs sionistes révolutionnaires, dont faisait partie Hershl Novak, un Polonais d’origine âgé d’une vingtaine d’années. «Nous étions jeunes et nous nous enflammions fa­ce aux problèmes que connaissait l’univers», a écrit M. No­vak dans ses mémoires. Celles-ci font l’objet d’un livre signé  Pierre Anctil, le directeur des relations interculturelles au ministère des Relations avec les citoyens. Il a traduit du yiddish au français les écrits du Montréalais d’adoption.

Une école avant-gardiste
La première institution d’enseignement yiddish n’avait rien de l’école religieuse de l’époque. «Les juifs, avec des idées nouvelles, ont imaginé une école séculière qui présenterait aux enfants des idées progressistes modernes, comme la justice sociale et le refus de la discrimination», raconte M. Anctil. Novak lui-même était un grand socialiste. En plus d’apprendre la langue yiddish, les enfants découvraient l’histoire et le folklore de la culture juive. Les enseignants leur faisaient connaître aussi des auteurs non juifs plutôt progressistes, comme Émile Zola, Jack London et Léon Tolstoï. Ils ne manquaient pas non plus une occasion de rappeler les souvenirs des révolutions russe et française.

Au cours des premières années d’existence de l’école, les enseignants occupaient un emploi dans une des nombreuses usines du boulevard Saint-Laurent le jour et, en fin d’après-midi, ils ouvraient l’école. «Pour eux, l’école, c’était la capacité de s’exprimer, de devenir juif à leur façon et de trouver un espace d’expression, raconte Pierre Anctil. C’était le désir d’être eux-mêmes.»

Peu d’incidents antisémites
Le Montréal des années 1910 offrait aux juifs la possibilité de vivre sans trop de tracas. Des emplois leur permettaient de subvenir à leurs besoins primaires, et des structures communautaires, leur servaient à s’épanouir. Dans ses mémoires, Hershl Novak rapporte quel­ques incidents antisémites, mais rien qui vise leur intégrité physique des juifs. «Les juifs ont été laissés libres, indique M. Anctil. Mont­réal était une ville bilingue. À l’époque c’était encore plus vrai. Entre les anglophones et les francophones, les juifs ont trouvé une place.»

En attendant Israël

L’ouverture de l’école Peretz devait être temporaire, le temps qu’un État juif soit fondé. «En attendant, il fallait que les jeunes restent juifs, explique Pierre Anctil. Comme le yiddish était la langue juive de l’époque, ils ont tout investi dans le yiddish. Pour eux, c’était le véhicule de la nation et des idées nationales.» Bien que l’État d’Israël ait vu jour il y a plus de 60 ans, l’école Peretz existe toujours. Elle a déménagé  et le yiddish y est toujours enseigné, mais la langue est devenue patrimoniale. Malgré tout, des conférences, des spectacles et même des pièces de théâtre sont présentés en yiddish à Montréal.

La première école yiddish de Montréal, traduit par Pierre Anctil, en librairie.

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