Karine Dufour/ICI Radio-Canada Télé Yvon Cournoyer, Chloé Sainte-Marie et Jean-Robert Bisaillon

Yvon Cournoyer est atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA) et souhaite mettre fin à ses jours pour son anniversaire. Par contre, il ne peut le faire en toute légalité, car sa maladie n’est pas assez avancée. Présent sur le plateau de Tout le monde en parle dimanche, il a demandé au gouvernement d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir.

«Je souffre tellement de ma maladie. Je suis en train de perdre mes jambes, mais le pire est l’impact psychologique», a raconté M. Cournoyer, qui assure qu’il ne verra jamais 2018, tant il est déterminé à mourir.

«J’avais demandé à mon médecin pour faire ça ce printemps, à mon anniversaire, a-t-il indiqué. Je le fais pour moi, mais aussi pour ma conjointe, ma famille, mes proches. Je veux qu’ils gardent une belle image de moi. J’ai été aidant naturel de ma mère, qui avait l’Alzheimer. Je l’ai vue mourir avec la peau et les os. Je ne veux jamais me rendre là.»

M. Cournoyer est tant déterminé qu’il songe à aller en Suisse pour mourir. «Je trouverais ça tellement regrettable. Je voudrais finir mes jours ici, au Québec, entouré des miens, chez nous, paisible. Mon âme est prête, ma tête est prête. Je comprends qu’ils puissent mettre des barrières, mais moi, je prétends qu’on est rendu à une autre étape.» Selon lui, les gens atteints de maladies dégénératives comme la SLA ou d’un cancer incurable devraient avoir accès à l’aide médicale à mourir.

Réagissant à la diffusion de l’émission, la députée Véronique Hivon, qui a parrainé le projet de loi sur les soins de fin de vie, a tenu à préciser qu’une personne qui a un diagnostic qui mentionne qu’elle a un an ou moins à vivre peut demander l’aide médicale à mourir. Elle a aussi écrit croire qu’une loi plus large «aurait été bloquée» avant son adoption par le gouvernement.

Sur le plateau, M. Cournoyer était accompagné de Chloé Sainte-Marie, qui a accompagné pendant 17 ans le réalisateur Gilles Carle dans sa maladie, avant qu’il ne décède. «Moi, j’ai manqué de courage, je ne l’ai pas fait. J’ai échappé à la prison, par manque de courage», a-t-elle avoué. À l’époque, l’aide médicale à mourir n’existait pas au Québec, mais Mme Sainte-Marie juge que son conjoint n’y aurait pas eu accès, car sa maladie a progressé très lentement et qu’il n’était pas totalement lucide à la fin de sa vie. «Je n’étais pas capable de le laisser partir, a-t-elle dit. Il était un mois à l’hôpital sans boire et sans manger. Moi-même, je voulais m’acharner parce que je l’aimais.»

Jean-Robert Bisaillon, qui a accompagné sa copine Martine dans la mort, a relaté avoir eu une bonne expérience avec les médecins tout au long du processus d’aide médicale à mourir, même s’il y a «beaucoup de zones floues» et s’il croit qu’on devrait renseigner la population davantage. «Le personnel manquait une connaissance pragmatique, mais ils étaient prêts sur le plan psychologique et moral. Dès qu’ils ont vu qu’on était déterminés, ils nous ont suivis de façon exemplaire», a-t-il affirmé.

M. Bisaillon a raconté que la dernière rencontre avec le médecin, où le patient doit donner son accord juste avant de recevoir l’injection, était «limite» dans le cas de Martine. «C’était de peine et de misère», a-t-il avoué.

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