L’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau laissait présager des jours meilleurs pour les communautés LGBTQ+ après des années de conservatisme, selon Christian Tanguay, directeur général du Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal (CCGLM). L’organisme offre à ses membres du soutien et différentes activités sociales. Métro s’est entretenu avec lui.

Depuis la création de votre organisme, comment est-ce que vos actions ont changé?
Sur le plan des droits légaux, il y a eu une grande avancée, mais en ce qui a trait aux droits sociaux, un meilleur travail doit être fait. Il faut que tout ce qui est dans la Charte [des droits et libertés] se reflète dans la société civile. Ce que je trouve triste, c’est qu’on est l’un des seuls centres du genre au Québec. Beaucoup de communautés [LGBTQ+] se sont construites autour des bars, mais ça exclut certaines catégories de gens, comme ceux qui n’ont pas l’âge de consommer de l’alcool.

Sentez-vous que la société est sensible à la cause LGBT?
Barbara Gittings, une activiste qui a cofondé la Table Ronde LGBT à l’American Library Association, disait que, tant que la population ne saura pas dans son cœur qu’une personne LGBT mérite autant de faire partie de la société que n’importe qui, la lutte ne sera pas finie.

Y a-t-il eu un changement dans l’octroi du financement à votre organisme depuis l’arrivée de Justin Trudeau?
À l’ère de Stephen Harper, juste penser à demander du soutien pour les communautés LGBTQ+ était impossible. Aujourd’hui, une portion de notre financement provient du gouvernement et une partie vient de fondations privées, de corporations et de dons de particuliers. Le changement de gouvernement n’a pas tant changé les choses. Je n’ai pas vu [la ministre du Patrimoine canadien] Mélanie Joly proposer des actions concrètes, et les communautés n’ont pas l’air d’être une de ses priorités. On verra si le prix de l’American Library Association que nous avons remporté cette année nous donnera plus de visibilité.

«Des fois on parle de minorités invisibles, dans celles-ci on retrouve le stigma à l’intérieur des personnes LGBTQ qui sentent le besoin de s’autocensurer. En faisant cela, on ne dit pas qu’on existe, et les politiques nous oublient à leur tour parce qu’ils ne nous entendent pas. C’est un cercle vicieux.» – Christian Tanguay, directeur général du Centre communautaire des gais et lesbiennes de Montréal (CCGLM)

Depuis la création de votre organisme, quelles ont été vos plus grandes luttes?
Le centre communautaire est surtout là pour offrir un espace pour que chacun puisse se réaliser, se construire, s’actualiser. Nous sommes plus dans le social, dans les actions culturelles, artistiques que dans la défense des droits. Notre bibliothèque est très rare au pays, j’en ai recensé que trois spécialisées dans la communauté LGBTQ. Souvent, ça commence par des petits projets, comme avec M. Benoit Miniot qui a créé cette bibliothèque en 1991. Aujourd’hui, il y a près de 20 000 livres. Mais ce centre communautaire est parmi l’un des plus petits en Amérique du Nord, si on compare avec Toronto, où le budget d’opération est environ 5 à 6 fois plus important en terme d’espace.

On offre des services, avec un comptoir d’accueil, on se trouve à référer à d’autre centre communautaire, on a aussi un centre d’information juridique qui fonctionne avec l’Université de Montréal et McGill, encadré par la firme McCarthy Tétrault. On a aussi une clientèle de réfugiés et demandeurs d’asile, on les guide, par exemple, vers Praida ou vers des ressources d’hébergement de courte durée.

On est aussi en mesure de leur donner des lettres de soutien. Au cours de la dernière année, on a fourni 48 lettres de soutien sur 100 abonnements à la bibliothèque pour aider les gens à réguler leur situation. Au Québec, il y a un peu plus de problèmes de délai pour obtenir le changement de sexe pour les transsexuels quand ils n’ont pas la citoyenneté, alors qu’ailleurs au Canada ce délai est beaucoup plus court.

Quelle est l’importance de la bibliothèque pour vous?
Pour moi c’est vital, tant la bibliothèque que les archives gais à Montréal. Le ministère de la Culture n’a pas assez investi. Sous peu, une nouvelle politique culturelle sera annoncée. Quand on s’est présenté auprès du ministre fédéral de la Culture Luc Fortin, il avait fait un retour sur l’ancienne politique accompli par le gouvernement conservateur, mais dans la nouvelle politique, dans l’axe diversité, il avait oublié de mentionner les communautés LGBTQ. Il s’est ensuite excusé de cet oubli et nous a invités à nous présenter.

Que pensez-vous aujourd’hui de la plus grande visibilité médiatique des personnes transsexuelles?
Les personnes trans ont toujours été là, mais malheureusement, ils n’ont pas pu briller jusqu’à maintenant. Il y en a qui vont dire qu’il y avait certains droits juridiques qui devaient être adoptés avant que d’autres puissent avancer. D’autres disaient, la société n’est peut-être pas encore prête à ça. Mais peu importe ce que les gens disent, les droits fondamentaux des êtres humains restent les droits fondamentaux, il ne devrait pas y avoir de hiérarchie.

Est-ce que vous pensez qu’il y a une montée de l’homophobie au Canada?
Dans la façon de mener nos luttes, je pense qu’il faut qu’on prenne exemple sur ce qui se passe en France et aux États-Unis pour éviter qu’il y ait une remontée des égouts ici. J’ai déjà entendu aux États-Unis dire que l’économie est plus importante que [la communauté LGBT. En réalité, les droits fondamentaux sont essentiels et ce n’est pas vrai de dire que s’arrêter sur les droits fondamentaux va empêcher l’économie de fonctionner. Mais il y a des personnes qui écoutent ce genre de discours…

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