Jacques Boissinot Jacques Boissinot / La Presse Canadienne

MONTRÉAL — Québec n’a pas l’intention d’improviser pour encadrer l’introduction du cannabis à des fins récréatives sur le marché légal, le 1er juillet 2018.

La ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois, a annoncé lundi la tenue d’une série de consultations dès cet été afin d’avoir en mains tous les éléments de réflexion requis à la préparation d’une loi-cadre, l’automne prochain.

«Le Québec ne s’oppose pas au principe qui sous-tend le projet de loi fédéral, mais nous tenons à bien faire les choses en protégeant en priorité la santé et la sécurité de la population québécoise», a précisé la ministre.

Le tout s’amorcera avec un forum réunissant des experts nationaux et internationaux les 19 et 20 juin à Montréal, ce qui sera suivi de consultations publiques régionales, dont certaines auprès des communautés autochtones, de la fin d’août à la mi-septembre. Une consultation via le web sera également menée pour quiconque souhaite ajouter à la réflexion.

En conférence de presse, lundi à Montréal, Mme Charlebois a insisté pour dire que tout est encore sur la table et que le gouvernement ne part avec aucune idée préconçue.

«Il n’y a aucune décision de prise à ce moment-ci», a insisté Mme Charlebois.

«Si j’arrivais avec des décisions déjà prises, à quoi servirait de tenir ce forum et ces consultations?»

Elle a cependant laissé entendre qu’elle partage la position de son collègue des Finances, Carlos Leitao, de ne pas vouloir distribuer la marijuana dans les succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ): «Dans la SAQ, entre deux bouteilles de vin, ce n’est pas souhaitable, mais est-ce que le modèle (de distribution) est défini? Non.»

Les préoccupations prioritaires du gouvernement, selon Mme Charlebois, portent sur «la prévention, la promotion de la santé, la sécurité publique — incluant la sécurité routière — l’encadrement des milieux de travail, la distribution, la vente et le respect de la réglementation.»

Par ailleurs, Mme Charlebois n’a pas voulu commenter la position émise le matin même par l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ), qui affirme que le projet de loi fédéral sur la légalisation du cannabis à des fins récréatives n’est pas acceptable dans sa forme actuelle et exposera les jeunes à des grands risques en santé mentale.

L’Association souligne que le cerveau humain continue de se développer jusqu’à l’âge d’environ 25 ans et que la consommation régulière de cannabis pendant cette période très sensible de maturation du cerveau comporte d’énormes risques.

Elle recommande donc de ne pas autoriser l’achat de cannabis aux jeunes de moins de 21 ans, plutôt que 18 ans, et d’imposer une concentration maximale de THC — le principe actif de la marijuana — de tout produit de cannabis légalement en vente au Canada, en plus d’avoir des indications précises sur des emballages neutres et d’interdire toute forme de publicité.

La ministre Charlebois a dit avoir pris acte de cette position, ajoutant que les psychiatres seraient sûrement invités au forum des experts, faisant valoir que ce sont justement des éléments de réflexion de ce genre qu’elle veut voir amenés sur la table.

«À ce moment-ci, vous comprendrez que je n’émettrai pas d’opinion parce que je veux entendre tous les points de vue possibles et je veux surtout aussi, à la suite du forum d’experts, entendre la population», a-t-elle expliqué.

«Je crois beaucoup que la population est sage», a ajouté la ministre.

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