THE CANADIAN PRESS Bill Morneau

OTTAWA — Dans une phrase glissée en douce dans la brique de 423 pages du budget fédéral, le ministre des Finances Bill Morneau annonce son intention d’abandonner le système de paie Phénix.

Toutefois, d’ici là, il devra encore y engloutir des fonds pour tenter de corriger ses ratés.

«Dans le cadre du budget de 2018, le gouvernement s’engage à aller plus loin et à prendre les mesures requises pour régler les difficultés liées au système de paie Phénix, y compris en annonçant son intention d’éliminer en fin de compte Phénix», est-il mentionné dans le budget.

Le gouvernement parle maintenant d’entreprendre l’élaboration de la prochaine génération du système de paie du gouvernement fédéral qui correspond davantage à la complexité de la structure salariale du gouvernement.

Des milliers de fonctionnaires fédéraux ont été victimes de ce système de paie conçu par l’entreprise privée, mais qui connaît des ratés depuis son application au secteur public fédéral.

Le système de paie a entraîné des milliers de cas de trop-payés et d’employés qui ont cessé d’être payés pendant des semaines, voire des mois.

De plus, certains employés qui étaient prêts à rembourser le trop-perçu se faisaient réclamer de rembourser la somme brute et non la somme nette. Ils recevaient ainsi 3000 $ par erreur, mais devaient en rembourser par exemple 3300 $.

Les ratés de Phénix ont été décriés par tous les grands syndicats d’employés fédéraux et des partis politiques comme le Bloc québécois et le Nouveau parti démocratique. Tous demandaient de l’abandonner et de dédommager les fonctionnaires touchés.

Le budget Morneau prévoit d’ailleurs d’injecter 16 millions $ de plus sur deux ans, à compter de 2018-2019, afin de travailler à la mise en place d’un nouveau système de paie.

Entre-temps, le budget prévoit une autre somme de 431,4 millions $ sur six ans, rétroactif à 2017-2018, pour «continuer à réaliser des progrès relatifs aux problèmes liés à Phénix». Cette somme doit servir à l’embauche d’employés supplémentaires.

On mentionne d’ailleurs dans le budget que le Centre des services de paie compte plus de 1500 employés. «À l’origine, 500 employés étaient envisagés pour régler tous les problèmes de paie au moment du lancement du nouveau système», il y a deux ans, mentionne-t-on dans le budget.

Il faudra aussi embaucher d’autres employés au sein des ministères touchés, afin d’aider les travailleurs victimes, au fur et à mesure que les problèmes se posent.

Les ratés de Phénix font qu’il faut même accorder 5,5 millions $ sur deux ans à l’Agence de revenu du Canada, à compter de 2017-2018, pour qu’elle traite les nouvelles cotisations d’impôt sur le revenu des particuliers des employés fédéraux qui ont subi ces ratés, note-t-on dans le budget.

Le gouvernement doit en faire plus, selon l’AFPC

L’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) a dit se réjouir des engagements financiers pris mardi par le gouvernement fédéral en ce qui concerne Phénix. L’organisation a toutefois déploré que le budget fédéral ne «prévoie pas d’exempter les fonctionnaires de l’obligation de rembourser le montant brut des trop-payés».

La présidente nationale de l’AFPC, Robyn Benson, a salué par communiqué l’engagement à embaucher des conseillers en rémunération, tout en disant que l’organisation syndicale devra veiller à ce que le gouvernement tienne ses promesses.

«Nous ne crierons pas victoire tant que nos membres ne seront pas dédommagés et qu’ils ne seront pas payés correctement et à temps», a-t-elle affirmé.

La présidente de l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada (IPFPC), Debi Daviau, a dit croire qu’il était «essentiel que le nouveau système soit développé et exploité par nos professionnels fédéraux de la technologie de l’information». L’IPFPC est déçu de constater que le budget «ne prévoit ni dommages-intérêts ni fonds d’indemnisation pour les victimes de Phénix».

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