OTTAWA – Excédé par le manque de transparence du gouvernement Harper, le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, effectuera sa propre analyse de l’impact des compressions budgétaires du gouvernement fédéral dans les programmes et la fonction publique.

M. Page a indiqué mercredi que dès la fin du mois de septembre, il publierait des rapports trimestriels portant sur les effets des compressions de 37 milliards $ présentées dans les trois derniers budgets fédéraux.

Le gouvernement fédéral assure que l’essentiel des économies sera réalisé grâce à des gains d’efficience et à la réduction du personnel, mais Kevin Page lui reproche de ne pas dévoiler les coupes et leurs conséquences, ou de le faire trop tard.

Le directeur parlementaire du budget déplore également le fait que ses demandes répétées pour obtenir de l’information qui permettrait aux députés de mieux évaluer l’efficacité du gouvernement soient restées lettre morte.

Il a donc décidé d’utiliser des données non publiées concernant les dépenses de programmes afin d’informer le Parlement sur ce qui se passe au sein du gouvernement.

M. Page prévoit étudier les dépenses actuelles dans chacun des programmes afin d’identifier les secteurs qui seront les plus touchés par les compressions. Il admet que le gouvernement publie régulièrement des rapports financiers, mais déplore que ces publications soient rendues disponibles des mois après que les députés eurent voté sur une question. Il dénonce également l’ampleur des rapports, qu’il dit forts avares de détails.

«Ces problèmes pourraient mener à des situations gênantes, par exemple la fin d’une année fiscale complète avant même que les députés ne soient mis au fait des impacts des compressions prévues», écrit le directeur parlementaire du budget dans le rapport rendu public mercredi.

Kevin Page n’était pas disponible pour commenter le document mercredi. Il reste que sa décision ne risque pas d’améliorer les rapports, déjà tendus, entre lui et le gouvernement de Stephen Harper à propos des dépenses et des projections budgétaires. M. Page répète régulièrement que le gouvernement fédéral ne lui fournit pas les informations nécessaires afin qu’il puisse exercer son travail correctement. Il s’est attiré les critiques de certains ministres lorsqu’il s’en est pris au coût de certains programmes, notamment celui prévoyant l’achat de chasseurs F-35.

En février dernier, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, avait qualifié M. Page d’«incroyable» et de «pas fiable» après qu’il eut déclaré que le Programme de la sécurité de la vieillesse était rentable à long terme, prenant ainsi une position à l’opposé de celle du gouvernement.

L’initiative de M. Page d’utiliser des données non publiées a toutefois été bien reçue chez l’opposition officielle; la porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Peggy Nash, a déclaré partager plusieurs des frustrations exprimées par le directeur parlementaire du budget.

«Je crois qu’avec ces rapports indépendants, M. Page tente d’aider les Canadiens et de nous aider, nous les députés, afin que nous puissions mieux comprendre de quelle façon notre argent est dépensé et évaluer les impacts des compressions», a-t-elle indiqué.

Elle a rappelé les objections formulées en juin dernier par les partis de l’opposition au sujet du projet de loi omnibus C-38 sur la mise en oeuvre du budget, à savoir le manque d’information sur les effets de cette pièce législative.

«Encore aujourd’hui, nous ne connaissons pas bien l’impact de ces compressions, nous ne pouvons pas identifier les programmes qui seront touchés ou évaluer l’impact qu’elles auront sur la vie des Canadiens», a ajouté Mme Nash, avant de souligner qu’il était ironique que le gouvernement Harper ait créé le poste de directeur parlementaire du budget afin d’améliorer la transparence et l’obligation de rendre des comptes, mais qu’il le prive d’informations.

Mercredi, M. Page a indiqué qu’une analyse des dépenses du ministère de l’Environnement l’an dernier avait permis de découvrir que les dépenses pour les services internes étaient 26 pour cent plus élevées que prévu, mais que celles pour la conservation des écosystèmes étaient 50 pour cent plus basses qu’anticipé.

M. Page a également inscrit dans son rapport que les réductions des dépenses annoncées par les conservateurs ressemblaient à celles mises en place par les libéraux dans les années 1990, mais qu’il y avait très peu de renseignements disponibles sur leur impact.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, avait précisé durant la présentation du budget 2012 que les plus récentes coupes budgétaires entraîneraient la perte de 19 200 emplois sur trois ans.

Lorsque les compressions auront toutes été implantées, les dépenses directes de programmes devraient correspondre à environ 5,5 pour cent du produit intérieur brut, leur niveau le plus bas des 50 dernières années.

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