Isabelle Bergeron/Métro

MONTRÉAL — Alors que la Commission de la construction a lancé une enquête, jeudi, après que des grutiers eurent quitté le chantier du nouveau pont Champlain, à Montréal, le syndicat qui les représente assure qu’il n’y a eu «aucune grève illégale» et que c’est plutôt le consortium qui a décrété l’arrêt des opérations à cause de la pluie.

Et le Consortium Signature sur le Saint-Laurent, de son côté, n’a pas voulu infirmer ni confirmer l’information, se limitant à dire qu’il ne commenterait pas «la présente situation». Impossible, donc, de savoir si c’est vraiment lui qui a décidé de fermer son propre chantier à cause des «intempéries», comme le soutient la section locale 791-G de la FTQ-Construction, qui représente les grutiers. Il pleuvait légèrement et sporadiquement à Montréal jeudi.

Enquête de la CCQ

La Commission de la construction du Québec a confirmé qu’elle a pourtant lancé une enquête sur l’événement. S’il s’agissait d’une grève, celle-ci serait illégale puisque la convention collective est toujours en vigueur et qu’elle l’est jusqu’en 2021.

La Loi R-20, qui encadre l’industrie, prévoit des amendes salées en cas de grève illégale ou de ralentissement de travail concerté et illégal. Celles-ci vont de 7960 $ à 79 587 $ par jour pour les associations ou les représentants d’une association et de 57 $ à 199 $ par jour pour les travailleurs qui y participent.

La semaine dernière, la CCQ avait affirmé avoir reçu «plusieurs signalements qui confirment l’organisation de moyens de pression de la part des grutiers, notamment le refus du temps supplémentaire afin de ralentir les travaux». Des rumeurs faisaient aussi état d’une grève en juin.

Elle avisait aussi qu’elle «déploiera ses équipes sur les chantiers» pour donner de l’information et constater les infractions, le cas échéant.

Syndicat

Le syndicat, de son côté, assure qu’il n’y a «pas de grève illégale» et parle de harcèlement de la part de la CCQ. «Depuis plusieurs semaines, des inspecteurs de la CCQ surveillent en permanence les faits et gestes des grutiers, allant même jusqu’à chronométrer leurs allées et venues», affirme l’Union des opérateurs grutiers, dans un communiqué. Cette surveillance «s’apparente plus à une opération de harcèlement», ajoute-t-il.

«Ce matin, c’est le consortium Signature sur le Saint-Laurent qui a décrété l’arrêt des opérations en raison des intempéries sans respecter la convention collective, laquelle prévoit que les grutiers doivent être payés un minimum de 5 heures lorsque les opérations sont arrêtées en raison des intempéries», a argué la section locale 791-G.

Litige sur la formation

Le fond du litige est la grogne des grutiers — et même de plusieurs entreprises de grues — à l’endroit des modifications qui sont entrées en vigueur, le 14 mai dernier, à la formation des grutiers.

L’accès au métier pour les grutiers non diplômés sera facilité, afin de le mettre au même niveau qu’il l’est pour les autres métiers. Une formation en entreprise remplacera le cours de perfectionnement appelé Utilisation sécuritaire d’une grue, qui était déjà offert aux travailleurs non diplômés. Il couvre plus de matière, intègre des notions pratiques et théoriques, a précisé la CCQ.

Les employeurs qui tiennent à n’embaucher que des grutiers qui détiennent un Diplôme d’études professionnelles en conduite de grues pourront continuer de le faire.

Mais ces modifications ont mécontenté particulièrement la section locale 791-G qui représente les grutiers. Ceux-ci disent craindre pour leur propre sécurité et pour la sécurité du public, puisque les grues transportent de lourdes charges à proximité d’habitations, de voitures et de piétons.

Ils ont même déjà porté plainte au Protecteur du citoyen, invoquant la sécurité du public. Et ils avaient manifesté avec des grues, le 5 mai dernier, devant le bureau montréalais du premier ministre Philippe Couillard.

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